02. Jan 2018

TEXT VON

Francesca Serra

FOTOGRAFIEN VON

Lea Kloos

Dans le dressing de Nadja, casual walkyrie

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Rapide comme Bip Bip  pourchassé par le Coyote, Nadja, la créatrice de la marque Fuzz Not Fur décline et sublime le style casual pour l’adapter à son propre tempo.

Galerie

Communicative et décontractée, Nadja a une allure lumineuse et sans chichi. Dans son bel appartement niché en haut de la Vieille-Ville de Genève, nous échangeons autour de son dressing, en mode confidences, ponctuées par ses fréquents «whatever», anglicisme qui vient clore ses phrases comme trois petits points de suspension. Nadja nous raconte ses dernières péripéties. Après une année intense de préparatifs, elle vient de lancer officiellement sa marque de manteaux en fausse fourrure, Fuzz not fur. «Je suis partie du constat que peu de marques se dédient à la fausse fourrure de qualité. D’une part, il y a des maisons prestigieuses comme Stella McCartney, dont les prix sont très élevés, et, de l’autre, des pièces souvent très excentriques, à l’instar de la marque londonienne Shrimps, qui proposent des fourrures roses à pois.» Ainsi la première collection de Fuzz not fur joue la carte de la sobriété, avec une palette chromatique qui privilégie le noir, le vert foncé, le bordeaux et le beige. Les coupes sont faciles et flatteuses, comme ces manteaux qui s’ajustent pour souligner la taille, ou ces gilets qui peuvent s’inviter sur une robe, une veste en cuir. «J’ai voulu créer des pièces passe-partout. La phase des essayages a été déterminante. Vérifier que le manteau tombe bien, ne gonfle pas, et bien évidemment songer aux détails, comme les ceintures, les fermetures par crochet ou clip, et les capuches. Cela paraît anodin, mais il m’est souvent arrivé de porter des capuches qui tirent, alors qu’il faut qu’elles soient assez amples pour ne pas te décoiffer.» Ces pièces «animal friendly», qui ressemblent à de la vraie fourrure, vont de modèles classiques, semblables à du vison, aux pièces plus rigolotes comme la veste noire à poils longs nommée Chewbacca, en hommage au héros poilu de Star Wars.

«J’aime la mode,
mais je n’aime pas perdre
de temps pour la mode.»

Si Nadja a pu réaliser son idée toute seule et en un temps record, c’est parce qu’elle n’est pas novice dans le monde de la mode. Elle a grandi à Zurich puis a étudié le fashion marketing pour devenir junior brand manager de la marque italienne Miss Sixty et ensuite acheteuse chez Bongénie pendant cinq ans. «Je devais dénicher de nouvelles marques dans la young fashion, repérer les jeans ou les t-shirts. A la différence des maisons mastodontes, avec qui les négociations sont tendues et la lutte dure pour obtenir des exclusivités, travailler avec des labels émergents m’a permis une grande liberté.» Du haut de son mètre 82, Nadja est une parfaite ambassadrice du casual wear: les leggings en cuir lui vont à ravir et elle s’amuse parfois à porter des hauts amples. Jeans et perfecto forment son look de combat, parachevé par une étoffe de sa magnifique collection de carrés Hermès. En été, habituée aux robes longues, elle utilise souvent ses foulards en guise de ceinture. Les accessoires demeurent indubitablement l’élément clé pour peaufiner une tenue en un tour de main. «J’aime la mode, mais je n’aime pas perdre de temps pour la mode. Je suis partisane de la praticité et aujourd’hui pour moi le confort n’a pas de prix. Dans le passé j’ai aussi porté des hauts talons Louboutin, mais je ne veux plus souffrir!» s’amuse-t-elle. Ses baskets colorées et ses bottes suffisent pour donner du punch au look de cette jeune maman. Elle pioche aussi dans le masculin ou unisexe en piquant dans la garde-robe de son mari, les chemises amples en été et ses pulls en cachemire durant l’hiver. «J’apprécie la façon d’acheter d’un homme qui trouve la pièce adaptée et l’achète en trois coloris. A présent, je suis contre le fast fashion. Finalement il vaut mieux trouver ses basiques, et la mode n’est plus un casse-tête.»