18. Jun 2018

TEXT VON

Francesca Serra

FOTOGRAFIEN VON

Lea Kloos

Dans le dressing d’Annalisa, entre rigueur et fantaisie

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Très tôt charmée par les sirènes, du design, Annalisa connaît le raffinement, mais pas le snobisme. Elle a sa propre marque d’accessoires et transmets son goût joyeux et coloré avec bonheur. On a plongé dans son vestiaire!

Lorsqu’on pénètre dans l’appartement lumineux d’Annalisa, un parfum de fougasse vient chatouiller nos narines avant que nos papilles découvrent, en croquant dans cette pâte moelleuse et croustillante à la fois, le goût véritable de cette spécialité italienne. Pour cette femme dynamique et globe-trotteuse, il est important de se reconnecter aux saveurs de son enfance dans les Pouilles. A l’âge de 18 ans, elle s’extirpe du cocon familial pour l’amour du design, défiant les réticences de ses proches et le défaitisme conventionnel de son entourage. Mais quand elle passe le concours pour accéder à l’une des plus prestigieuses écoles du pays, son père prend conscience que c’est plus que le caprice d’une adolescente.

A l’école on me surnommait Séisme

Annalisa migre donc à Rome pour intégrer l’école ISIA – Istituto superiore per le industrie artistiche –, qui trie sur le volet ses talents, avec un maximum de 25 élèves par an. Dans cette ambiance quasi familiale, elle plonge corps et âme dans le monde du design, avec un acharnement inouï, en travaillant aussi la nuit. «Les premiers deux ans, je logeais dans un foyer pour jeunes filles, et le soir, plutôt que de regarder la télé, je retournais dans ma chambre, où j’avais ma planche à dessin et mon équipement, pour créer des moulages en plâtre. Je me suis fait parfois gronder, car on pouvait même m’entendre scier du bois. A l’école on me surnommait Séisme, toujours chargée de mes tubes remplis de croquis d’ameublement, de valises, de lampes ou encore de produits industriels», raconte-t-elle. Immergée dans le design sept jours sur sept, elle reçoit rapidement des mandats qui lui permettent d’être indépendante écono­miquement dès les premières années de sa formation.

Après une fugue de deux ans et demi à Philadelphie, où elle dessinera des jouets, elle rejoint les grandes maisons italiennes. De Tod’s à Dolce & Gabbana, de Salvatore Ferragamo à Valentino, elle se spécialise dans la maroquinerie et développe un goût extrême du détail aux côtés de ces stakhanovistes. «Je me souviens de la peur qu’inspirait Valentino Garavani lorsqu’il passait dans les ateliers précédé de sa meute de carlins. Les employés savaient qu’ils risquaient des réprimandes si, à plusieurs reprises, leur tenue n’avait pas été impeccablement soignée. Il était intransigeant sur le style.» Ces expériences qui ont nourri sa pratique lui ont enfin permis de donner vie à sa propre marque. Les sacs Annalisa Caricato sont l’expression du savoir-faire italien, la face vitaminée de la fantaisie et de l’artisanat. Ornées d’applications tridimensionnelles, ses créations insufflent positivité et poésie en arborant tantôt des papillons qui paraissent sur le point de s’envoler, tantôt de magnifiques cactus qui vous font rêver de voyage.

Les sacs sont donc indubitablement le point fort de son dressing. Y en a-t-il d’autres? «Pendant ma première année chez Dolce & Gabbana, j’ai dessiné exclusivement des ceintures et des bijoux», nous explique-t-elle en nous montrant les détails de la large ceinture qui serre sa taille et joue avec le contraste entre mat et brillant. «Je ne pourrais jamais y renoncer. Même lorsque j’étais enceinte, j’utilisais de petites ceintures sous la poitrine. J’en ai de toutes les couleurs et de toutes les formes.» Quand on lui demande de citer instinctivement une femme inspirante en termes de style, elle cite Diane Keaton pour ses looks années 50 qui soulignent volontiers la taille. Effectivement, depuis son apparition mythique dans le film qui l’a consacrée, Annie Hall, l’actrice américaine a formulé une élégance inimitable, à la fois décontractée et excentrique.

Dans sa garde-robe on retrouve également une profusion de chaussures et un choix exquis de blazers, comme celui confectionné par un fameux atelier romain, Sartoria Carbone, qu’elle porte avec un collier en corail réalisé par une éminente maison plus que centenaire, l’entreprise familiale Liverino à Torre del Greco. Nous sommes en jubilation devant autant de pièces sensationnelles qui font d’Annalisa une parfaite ambassadrice du made in Italy.