10. Jul 2017

TEXT VON

Estelle Lucien

FOTOGRAFIEN VON

Sébastien Agnetti

Dans le dressing de Linn l’insoumise

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La journaliste Linn Levy se joue des convenances avec humour et art. Et préfère les mots à la mode. Mais quand même…

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«Je ne comprends rien à la mode. Disons que je n’ai pas vraiment la patience de faire les magasins. Quand j’y vais, je finis toujours pas m’asseoir dans un café pour lire et boire.» Linn Levy annonce la couleur. S’habiller, c’est bien, lire, c’est mieux. Pas étonnant pour cette journaliste amoureuse des lettres. Une passion qu’elle partage avec bonheur sur les ondes de la RTS (Nectar, Versus, Culture au point, Vertigo) et sur le petit écran (La puce à l’oreille), au fil de ses chroniques et interviews d’écrivains. «Le monde dans lequel je suis le plus à l’aise est le monde des mots.» Autour d’elle, dans son appartement genevois, les livres sont partout, dans chaque pièce, le long des murs, empilés dans un équilibre précaire ou presque rangés dans une petite bibliothèque Charles et Ray Eames. Ils occupent un salon à la déco essentielle: canapé Cassina Le Corbusier LC3, table de salon Galli Genève, table Tulipe ronde en granit noir d’Eero Saarinen. «Et des chaises d’école», complète notre hôte qui poursuit par la liste des artistes qui signent les œuvres d’art présentes: Stéphane Dafflon, Francis Baudevin, Max Bill, Gilbert & George, Vidya Gastaldon, Laurence Pittet et Paulina Cassimatis.

J’aime me fondre dans

le paysage avec un uniforme gris, noir ou bordeaux, et en

même temps être une question.

L’art qui s’écrit, l’art qui se regarde, et l’art de swinguer avec les contradictions. Linn Levy est de ces caractères qui démontent les stéréotypes à la seconde, s’amusent de toutes les convenances, provoquent l’imprévisible et se délectent de l’imprévu. Au moment même où elle vous a annoncé que le shopping l’ennuyait autant que la mode, elle vous montre ses derniers achats: un panier rond en paille signé Vanessa Seward, «une collaboration avec l’artiste Jason Glasser», précise-t-elle, en dévoilant dans l’autre main un sac en toile couleur licorne de Shop­lifter (artiste islandaise) pour & Other Stories. Il y a aussi cette chemise blanche de Côme, jeune marque parisienne. Arty, pointu, avant-garde, tous ces qualificatifs pourraient aller à cette fille qui sait saisir non pas l’air du temps mais ses prémices, y faire une pirouette seulement et déjà voir plus loin, ailleurs. Elle se régale de son inconstance. Quand on remarque les Courrèges, Balenciaga, Carven ou Céline qui habitent son dressing, elle met les choses au point: «Je refuse de laisser au vêtement le rôle de marqueur social!» Plus que du goût, Linn a une touch. Bien sûr elle s’en défend. Et du style? N’en parlons pas! «Je n’arrive pas à me définir. Mon moi fluctue à chaque ins­tant. Si je devais me définir par ma tenue, je me changerais à chaque minute, admet-elle. J’aime me fondre dans le paysage, avec un uniforme gris, noir ou bordeaux, et en même temps être une question.» Son dressing occupe son bureau, à moins que ce ne soit l’inverse. Le sérieux d’une table de travail et d’une bibliothèque spirale où courent encore des livres font face à une penderie, royaume du futile, «avec plein de talons rigolos, que je ne porte jamais». Ou presque, car elle adore être élégante. Et Linn d’admettre qu’en la matière sa mère est son premier modèle. «Elle a ce truc de lier élégance et excentricité. C’est le feu et la glace!» Mais c’est une autre icône de la mode qu’elle choisit de nous citer: «Lili Brik, la muse du poète russe Vladimir Maïakovski. Elle portait des manteaux de fourrure en plein été et des fourreaux lamés tandis que la révolution battait son plein, nous raconte-t-elle. Chic, excentrique, et… total snobish