13. Nov 2018

TEXT VON

Francesca Serra

FOTOGRAFIEN VON

Lea Kloos

Dans le dressing de Maroussia

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Super féminine et sans chichi, cette jeune femme franco-suisso-serbe nous rafraîchit avec un pschitt de son univers romantico-festif.

Sac vintage en cuir rigide Louis Vuitton.

Dans le salon inondé de lumière, Lima le chat nous regarde d’un air très méchant car nous venons perturber sa sieste par cette douce journée automnale. Nous suivons le sourire de Maroussia qui nous montre sa chambre où domine, au-dessus du lit, l’iconique et poétique lampe Vertigo de Constance Guisset. L’inégalité est agrante: son dressing, en forme de L, occupe en largeur plus de trois mètres des murs alors que son copain doit se contenter d’un mètre tout au plus. Tout est soigneusement ordonné, un beau spectacle devant lequel je me promets encore une fois d’appliquer la méthode Marie Kondo dans mes armoires une fois rentrée chez moi. Robes d’un côté, chemises et vestes de l’autre, ses habits sont rangés à vue sur des cintres, ce qui nous permet de perquisitionner sans gêne sa garde-robe. On y trouve de beaux kimonos que son amoureux lui a ramenés du Japon ainsi qu’un manteau beige avec un plastron de motifs ethniques emporté de Hanoï, au Vietnam.

Manteau acheté au Vietnam, jean déchiré taille haute H&M, escarpins en daim vert Emma Go.

Comme le chat continue de me narguer, je compense en caressant le poil doux et bleu d’un manteau en fausse fourrure avec capuche de la marque espagnole Yerse. J’admire ensuite les discrets reliefs qui zèbrent le cuir noir rigide d’un sac vintage Louis Vuitton. Il s’agit d’une des nombreuses pièces héritées de sa grand-mère maternelle, d’origine parisienne, avec qui elle a grandi. «Elle est encore très coquette aujourd’hui, à l’âge de 92 ans», me confie Maroussia avec un sourire mi-fier, mi-amusé. Des bribes d’histoires concernant sa famille, en particulier des femmes, reviennent souvent au cours de nos bavardages: la complicité avec sa sœur, l’admiration pour sa mère, son attachement à sa grand-mère paternelle, baba en serbe, chez qui ils se réunissent pour la slava. Cette tradition serbe veut que le clan familial sorte ses plus beaux habits et ses plus délicieux mets, arrosés de rakia, pour fêter son saint patron.

Maroussia porte une chemise de la friperie WOOD et un collier du bijoutier suisse Thierry Langel, cadeau d’anniversaire de son père et de sa «baba».

«Petite, j’étais plutôt garçon manqué, se souvient-elle. Ma mère nous habillait ma sœur et moi comme des poupées. Rubans, jupons, chaussettes avec dentelle… Dès que je pouvais, j’essayais de me libérer de tous ces froufrous.» Ce penchant pour la sobriété est toujours là, mais ne rime pas avec austérité, les couleurs et imprimés faisant belle figure dans sa penderie: un blazer rose à fleurs, des robes arborant des motifs en veux-tu en voilà ou encore de superbes escarpins vert pétant qui font partie de son arsenal de chaussures Emma Go. Ses goûts vestimentaires se sont façonnés aussi en travaillant, depuis désormais onze ans, pour la boutique Wunderchic, à Genève, qui l’amène à fréquenter les salons des professionnels, le plus souvent à Paris, où elle se rend pour choisir le réassortiment d’habits et accessoires. Même si depuis cinq ans son activité principale est celle d’architecte d’intérieur dans le bureau genevois YKRA, elle n’a pas abandonné la boutique. «C’est deux boulots de cœur. J’adore travailler en équipe et me rendre sur les chantiers comme j’aime me retrouver, un jour par semaine, dans l’ambiance intime et feutrée du Wunderchic», profèrent ses lèvres vitaminées par ce ton orangé qui est devenu en quelque sorte, au fil des années, sa marque de fabrique, son rouge à lèvres Armani (longue tenue 401).

J’adore fouiner. Si on m’amène dans un magasin COS, j’angoisse. 


Les bijoux hérités de sa grand-mère maternelle sont posés à côté d’un foulard obtenu d’une chute de tissu d’une blouse de la marque Circus&Co qu’elle a customisée.

Quant aux influences vestimentaires, elle se remémore encore l’effet des tenues du personnage Carrie Bradshaw dans Sex and the City. «Elle avait du chien avec ses mélanges improbables. C’est justement ce qui interpelle, savoir combiner pour créer un look, et les siens, souvent décalés, je les trouvais stimulants.» Heureusement, en termes de shopping, Maroussia n’a pas la même impulsivité que Carrie. Elle n’achète pas beaucoup en dehors de sa boutique, mais aime toujours la sensation d’avoir réussi à dénicher quelque chose de beau dans le lot. «J’achète durant mes voyages ou dans les fripes. J’adore fouiner. Si on m’amène dans un magasin COS, j’angoisse. Je préfère plutôt que ça déborde», ironise- t-elle. «En matière de bijoux, je ne varie pas beaucoup, je peux porter les mêmes pendant deux ans.» Depuis l’année passée, la montre Longines Grande Classique, reçue pour ses 30 ans, reste collée à son poignet. À son index est vissée une sublime bague sénégalaise en or, en forme de V, et au petit doigt celle de sa tante avec une lettre gravée. «C’était le M de Michelle, maintenant c’est le M de Maroussia, j’espère la passer un jour à quelqu’un d’autre de ma famille.»