28. Jun 2016

TEXT VON

Estelle Lucien

FOTOGRAFIEN VON

Sébastien Agnetti

Dans le dressing de Nena

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Galerie

NENA

La créatrice des cabas Heidi’s conjugue le romantisme au présent.

«Avec la mode, on est victime d’un flux», cons-tate Nena Woreth. La créatrice des sacs et accessoires Heidi’s s’est très tôt affranchie des règles du monde de la mode. La desi-
gner ne se soumet pas à la cadence des col-lections saisonnières. La femme échappe au cycle des tendances. «Je porte la même chose qu’à 14 ans.» Certes, Nena a conservé une silhouette de jeune fille, mais surtout elle est restée fidèle à elle-même et a su se forger un style. Avec beaucoup de talent, elle l’ajuste à l’air du temps.

C’est dans ses racines qu’il faut aller chercher ce qui nourrit son goût et son allure: le Valais et l’Espagne; les montagnes et la mer; Sierre et Palma de Majorque. Tout son vestiaire semble s’être construit sur ses origines, leurs liens et leurs écarts. Aujourd’hui encore, Nena a une double attache, et se partage entre Paris où elle travaille et Lausanne où elle aime. Dans ces va-et-vient, l’habit est le fil continu qui relie ses vies. Elle en a depuis longtemps choisi la couleur: blanc. «Parce que ça calme, c’est doux, c’est lumineux.» Cette non-couleur, en réalité le mélange de toutes, est omniprésente dans sa garde-robe, qui semble sortie tout droit du XIXe siècle. Manches bouffantes, dentelle, robes longues et évanescentes: Nena cultive un romantisme classique inspiré à la fois des préraphaélites, des symbolistes, des impressionnistes, d’Edouard Manet ou d’Ernest Bié­ler. Son intérêt pour la mode lui vient assurément de sa mère, «très élégante», et de quelques après-midi passés chez une copine à Ouchy. «On jouait dans les placards de sa maman, une Américaine. Elle avait des choses incroyables, avec des plumes, des robes à paillette et des talons!» Aujourd’hui, Nena préfère être à plat, dans des sandales en cuir naturel, et même des Birkenstock. «On doit être à l’aise dans ses vêtements. J’adore l’idée de la robe d’intérieur», lance-t-elle de manière très pragmatique. Elle parvient à rendre le confortable enviable. Avec ses cheveux noirs négligemment relevés sur la nuque, son regard brun peu maquillé et une robe longue qui tient à la fois de la camisole paysanne, de la tunique orientale ou de la chemise de nuit de grand-mère, Nena déambule telle une nomade avec naturel et nonchalance. Elle semble aller, être ou revenir de vacances. Il faut dire que ses allers-retours entre ses domiciles français et suisses l’ont obligée à une certaine simplification. «Je compose ma valise très rapidement: quelques blouses, quelques robes, un slim, le tout en blanc, c’est facile.»

«Les bijoux, j’en suis gaga.»

Nena sait aller à l’essentiel et toujours revenir aux fondamentaux. «A la terre», précise-t-elle. Une terre au sens propre et symbolique. Seules les matières naturelles semblent avoir droit de cité chez elle. Le coton en tête, le lin, la laine, un peu de soie. Et le cuir, évidemment. C’est l’élément premier sur lequel elle a construit son label Heidi’s. Ses cabas, vendus à Lausanne chez No 28, et chez Makers à Genève (lire en page 28), sont taillés dans les meilleures peaux, le plus souvent laissées à l’état brut. Formée au Studio Berçot, à Paris, Nena a très vite compris que les accessoires seraient pour elle un formidable terrain de jeu et d’expérience. Elle crée des sacs parce qu’elle les adore. «Ceux de Chloé et de Balenciaga…» Plus ils sont usés, mieux c’est. L’objet et son histoire, c’est ainsi aussi que la créa-
trice conçoit des bijoux. «J’en suis gaga!» Des bagues à chaque doigt ou presque, les bras remplis de bracelets. Oui, Nena en porte beaucoup. Notamment ceux de Sylvie Gilbert (de la marque Gilbert Gilbert), avec qui elle collabore régulièrement. Mais, là encore, l’épure, la simplicité, la beauté des matières brutes dictent leur loi et les choix de Nena. A son cou, au bout d’une très fine chaîne d’or pend un coquillage. A son poignet, elle nous montre encore des anneaux. «Ils sont à maman, je ne les quitte jamais.» Romantique, Nena est aussi une sentimentale.