31. Jan 2017

TEXT VON

Estelle Lucien

FOTOGRAFIEN VON

Sébastien Agnetti

Dans les dressing de Mélanie

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L’auteure genevoise Mélanie Chappuis, sera à l’affiche dès le 10 février avec son texte “Femmes amoureuses” mis en scène de José Lillo au Théâtre Alchimic de Genève. En automne dernier elle a ouvert son vestiaire à Bolero.  

Galerie

Chez Mélanie les habits ont une vie

Dans la lumière d’un automne incandescent elle nous apparaît comme un mirage, un petit fantôme lutin qui court attraper son vélo, avant de le reposer en nous voyant: «Ah vous voilà! Je croyais que le portail ne s’était pas ouvert, j’allais aller à votre rencontre», nous lance Mélanie Chappuis, le souffle encore court de cette soudaine accélération. Une allée de marronniers, suffisamment longue pour préférer le deux-roues à la marche, sépare en effet le portail et la demeure du XVIIe siècle. La Châtelaine, c’est le nom de ce domaine anachronique au milieu d’un quartier très urbanisé. C’est désormais le domicile de l’écrivaine et chroniqueuse genevoise, depuis qu’elle a rencontré, et épousé, le propriétaire des lieux, Philippe Chappuis, alias Zep, le père de Titeuf. «Voilà cinq années que j’écris ici, au bout de la maison, dans la pièce si lumineuse qui s’ouvre sur le jardin d’hiver. Lui dessine en haut, dans les combles, réaménagés en atelier», apprend-on en parcourant le dernier ouvrage et cinquième roman de Mélanie, Un thé avec mes chères fantômes, qu’elle signe aux Editions Encre fraîche. La jeune femme y convoque deux figures genevoises, Michée Chauderon, dernière sorcière brûlée à Genève, et Emma Vieusseux, romancière oubliée. Toutes deux ont d’une manière ou d’une autre occupé cette bâtisse entourée d’un jardin qui surplombe la rive droite du Rhône. Mélanie leur succède, en châtelaine dis­crète et retenue. «Le domaine m’apparaît démesurément grand, hos­tile, ce n’est pas ma vie», écrit-elle en se souvenant de la première fois qu’elle a découvert La Châtelaine. L’une et l’autre se sont depuis apprivoisées. La romancière a succombé au charme. Elle-même n’en est pas dépourvue.

J’adore le style jupe crayon et veste tailleur.

Chemisier blanc souligné d’un col à pois, cardigan croisé, slim noir, bottes, le style de Mélanie s’accorde à la sobriété néoclassique du manoir. Comment s’habille une romancière? A cette question, Mélanie elle-même n’a pas encore trouvé la réponse. Elle se rêve en Audrey Hepburn, «j’adore le style jupe crayon et veste tailleur. Mais ça fait vite executive woman, et on n’est pas toujours très à l’aise. Finalement le look Françoise Sagan, pantalon cigarette et chemise, me conviendrait mieux», s’amuse-t-elle. Mélanie a donc pris l’habitude de tomber la veste, et de lui préférer le chemisier: féminin, sobre ou paré d’un imprimé, en soie ou en toile de coton léger. «En séance de dédicace, c’est important d’avoir un joli haut.» Sinon, ce sont les robes qui ont ses faveurs. Son dressing, à l’étage, est une petite pièce qui jouxte la chambre à coucher. «Je le partage avec mon fils de 10 ans.» Des t-shirts d’ado cohabitent dans un ordre maî­trisé avec des chemisiers fins et colorés, ou des robes gaies et légères. Mélanie Chappuis ne suit pas vraiment la mode. Au furtif des cycles fashion, elle préfère l’écho des histoires qui habiteraient ses habits. Il y a d’une part ceux qu’elle chine dans des second-hand, comme une robe «très haute couture» ou un manteau noir, marque Joseph, qu’elle met et remet d’hiver en hiver et quelle a trouvé aux puces de Genève il y a 20 ans! Si ce n’est la mode, ou la raison, ce sont les sentiments qui rendent aux yeux de Mélanie une pièce précieuse, comme cette veste d’officier Kooples: «C’est Philippe qui me l’a offerte. Et ça, c’est une robe gag», rigole-t-elle en sortant une tenue paillettes, qu’elle avoue n’avoir pas vraiment l’occasion de mettre. Côté accessoires, on ne sera pas étonné que l’écrivaine troque le it-bag contre une besace ou un sac-cartable d’écolière, prêt à accueillir des carnets et des livres. Des livres qu’elle sème aux quatre vents de son immense demeure. Carnet 1978, d’Albert Cohen, s’est d’ailleurs égaré dans son dressing. «Il faut le lire, je l’offre à tous ceux que j’aime bien.» Et nous quittons La Châtelaine, un livre en poche.

«Femmes amoureuses» de Mélanie Chappuis dans une mise en scène de José Lillo au Théâtre Alchimic Genève, du 10 au 29 janvier