24. Feb 2016

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Tina Bremer

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Tina Bremer

DE L’OR POUR RIO

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DE L’OR POUR RIO

Au mois d’août, les Jeux olympiques d’été se tiendront à Rio de Janeiro. Mais la ville au pied du Pain de Sucre, avec ses Multiples facettes, mérite d’ores et déjà des médailles.

Ce jour est un bon jour, les cages à oiseaux sont suspendues dehors. Accrochés aux lampadaires, aux entrées des maisons et aux avant-toits, gazouillent des perruches et des mandarins. Leur chant virevolte dans l’air humide et aussi chaud que dans une fournaise. Mais cette sortie à l’air libre n’a rien à voir avec le soleil qui brille depuis des heures dans un ciel bleu électrique. «Les oiseaux sont des signaux d’avertissement vivants», explique Carlos, qui nous guide à travers la favela Rocinha. «Lorsque les cages sont dehors, tout le voisinage sait qu’il n’y a rien à craindre. Dès qu’une fusillade éclate, on les rentre immédiatement.»

C’est certain: la vie dans les favelas de Rio de Janeiro est périlleuse. Y habiter nécessite de connaître les règles du jeu. Ici, les rues n’ont pas de nom, et les voisins, si possible, non plus. Et pourtant il y a cinq ans encore, toute visite dans les quartiers pauvres de la métropole brésilienne de 6,5 millions d’habitants aurait été impensable. Les gangs de la drogue régnaient sur ce labyrinthe de ruelles tortueuses et de volées de marches, y saupoudrant la peur, le crack et la cocaïne. Une zone de non-droit où l’on n’entrait pas. Jusqu’à ce que la police y donne l’assaut, fin 2011, avec des blindés et des gilets pare-balles, pour pacifier les premières favelas. Désormais, environ 5% d’entre elles sont sûres, au point que ces microcosmes animés sont devenus un but d’excursion prisé des touristes.

Comme des Lego, les maisonnettes colorées s’empilent les unes sur les autres, poussent sur les collines entourant Rio, toujours plus haut, plantes grimpantes de pierre et de béton. De petites échoppes vendent du Coca-Cola, du riz et du papier- toilette, des enfants jouent au foot sur un terrain sablonneux, un facteur passe à vélo, pantalon bleu comme la mer, T-shirt jaune comme le soleil. «Aujourd’hui, il y a même des restaurants et des maisons d’hôtes dans lesquels viennent les touristes étrangers», affirme Carlos en montrant un bâtiment étroit dont l’entrée est surmontée de l’enseigne «Hostel». Les lettres sont délavées et l’escalier si exigu que l’on ne peut le gravir qu’à la queue leu leu.

Une fois arrivés sur le toit-terrasse, notre cœur bat à toute allure et nos genoux flageolent. Mais nos efforts sont récompensés par quelque chose que l’on trouve dans presque toutes les favelas: une vue à un million de dollars. Les gratte-ciel étincelants, la forêt tropicale, les plages, l’Atlantique. C’est à ce moment-là que l’on comprend pourquoi Rio est surnommée la Cidade maravilhosa, la Cité merveilleuse, et qu’il n’existe probablement aucune autre métropole dans laquelle la pauvreté côtoie de si près la richesse. Les couches sociales s’y mélangent comme le sucre de canne et la cachaça dans la caïpirinha, douce-amère.

«A cet égard, Rio est une ville très démocratique», analyse Lenny Niemeyer. Grande blonde à la voix rauque, la styliste est considérée comme la reine du bikini brésilien: ses deux-pièces glamours se vendent chez Bergdorf Good­man à New York et chez Harrods à Londres. «A Copacabana, banquiers et chauffeurs de bus ont leur serviette côte à côte. Il n’y a aucune distinction entre les classes sociales à la plage.» En pouffant, Lenny nous raconte qu’une fois, elle a même invité par erreur le caissier de son supermarché à venir dîner à la maison. «Je venais d’arriver à Rio. Son visage ne m’était pas inconnu et j’ai pensé qu’il s’agissait d’un ami de mon mari.» Par bonheur, l’homme a bien réagi à ce faux pas. Il l’a remerciée poliment de ce geste sympathique, en soulignant cependant qu’il y avait probablement confusion. «Rien de tel ne me serait arrivé à São Paulo, où il n’y a presque aucun contact entre la bourgeoisie et les ouvriers.»

A Rio, la plage est le club où se déroule la vie sociale.

Lenny – tout le monde l’appelle ainsi – a quitté São Paulo pour Rio dans les années 70, par amour: le cœur de la Pauliste s’est emballé à la fois pour le neveu de l’architecte du siècle Oscar Niemeyer, mais aussi pour la cité au pied du Pain de Sucre. Pour la samba, la gaieté et l’insouciance avec lesquelles on vit ici, dans cette ville où les hauts talons prennent la poussière au fond d’une armoire et où l’on porte des tongs toute la journée. La dolce vita brésilienne n’est nulle part aussi douce qu’à l’ombre de la statue du Christ, qui étend les bras en signe de protection au sommet du Corcovado, une colline de 710 mètres de haut (sur les cartes postales, le Sauveur est souvent retourné, grâce à Photoshop, afin que l’on ne voie pas seulement son dos… não problema!). «Je suis devenue une vraie Carioca, corps et âme», dit fièrement Lenny. Elle en est d’autant plus honorée qu’elle fait partie des quatre stylistes qui ont été conviés à présenter des esquisses pour les tenues officielles de l’équipe olympique brésilienne.

En août, du 5 au 21, le monde entier aura les yeux tournés vers Rio, où se tiendront les Jeux olympiques d’été, pour la première fois en Amérique du Sud. Les préparatifs battent déjà leur plein: dans l’élégant quartier de Barra da Tijuca, on construit actuellement le village et la piscine olympiques ainsi que le vélodrome; on travaille également d’arrache-pied à la prolongation de la ligne de métro, et peu importe si certains doutent que le tunnel soit terminé à temps. Les collines de granit se révèlent aussi
coriaces que le trafic est dense, lequel envahit tous les jours l’Avenida Infante Dom Henrique, route côtière menant au centre de la ville. Une chose toutefois est d’ores et déjà prête: les anneaux olympiques de quatre tonnes sont arrivés de Londres par bateau. Ce symbole de l’entente entre les peuples a été placé dans le parc du quartier de Madu-
reira. Même le vieux port, avec ses entrepôts en ruine et ses bouibouis, autrefois territoire des prostituées, des marins et des dealers, s’est vu mettre un coup de pinceau. Un nouveau quartier de loisirs y verra le jour pour les Jeux. Sans lumières rouges, mais avec des boutiques, des restaurants, des bureaux et des pistes cyclables. Le magnat de l’immobilier Donald Trump prévoit de construire pas moins de cinq gratte-ciel d’ici à 2018 le long du mur du quai, et l’on murmure que Norman Foster a lui aussi un projet dans le pipeline. Il y a quelques semaines à peine, sur une jetée près de la place Mauá a été inauguré le Musée de demain, conçu par l’architecte star espagnol Santiago Calatrava. Son long bâtiment blanc rappelle l’inflorescence d’un bromélia, cette plante qui pousse dans la forêt vierge brésilienne.

A Rio, les gens sont beaucoup plus détendus qu’à São Paulo.

Derrière ce nouvel emblème de Rio se trouve le centre historique, qui a longtemps été le terrain de jeu préféré des pickpockets, et que les touristes évitaient. Les voleurs à la tire n’ont pas disparu de ses ruelles étroites, mais la vieille ville est tout de même devenue plus sûre et, avec ses églises baroques, ses théâtres, ses clubs de samba, ses magasins d’électronique et de sandalettes, elle est le creuset de la ville, bouillonnant et sifflant joyeusement. Dans ce melting-pot des cultures où les Portugais affrontèrent les Français pour la suprématie en 1565, la Confeitaria Colombo, sise Rua Gonçalves Dias, est une véritable bulle de calme. Ce café art nouveau de la Belle Epoque a ouvert ses portes en 1894; c’est, depuis lors, une institution. Il faut toujours faire la queue pour pouvoir s’asseoir à l’une des tables de marbre italien si convoitées et
déguster un Romeo e Giulietta, fromage blanc à la gelée de goyave.

Naturellement, le centre a des attraits, tout comme le quartier des artistes, Santa Teresa, sur les pavés duquel on peut encore voir pétarader le bonde, un tram centenaire. Mais nulle part, susurre Lenny, le charme de Rio ne se fait plus envoûtant qu’à Ipanema, berceau de la bossa-nova. «Lorsque j’ai déménagé ici, je voulais absolument m’installer dans ce quartier. Depuis que j’avais entendu la chanson The Girl From Ipanema, le lieu était entré dans ma mythologie personnelle.» Une des boutiques de la styliste se trouve également ici, Rua Garcia d’Avila, tout près de celles de Louis Vuitton et du joaillier brésilien H. Stern. Les maisons à un seul étage sont entourées de palmiers et d’arbres à haricots enlacés par des orchidées sauvages et des lianes. On dirait que la forêt tropicale, qui habille d’un vert intense les morros, les innombrables collines de la ville, a l’intention de reconquérir le quartier.

Lenny vit au nord d’Ipanema, au bord de la lagune, où se tiendront également les championnats d’aviron. «L’endroit est extraordinaire, j’adore faire du ski nautique après le travail», raconte la styliste sportive. Qui s’entraîne également au stand up paddle, mais seulement quand la mer le permet et que les vagues de la baie de Guanabara s’octroient une petite pause. La plage en forme de croissant ressemble d’ailleurs à un terrain de gym à ciel ouvert: des ballons voltigent par-dessus les filets des terrains de beach-volley, des joggeurs sprintent sur la promenade de mosaïque noir et blanc et des culturistes sculptent leurs muscles sur des appareils de fitness en libre accès. La plage est l’endroit du grand défilé, le podium de la ville. Tout particulièrement au Posto 9, poste de secours où se retrouve tout ce que la ville compte de riche et de beau. «C’est ici que je préfère venir m’étendre, révèle Lenny. Mes amis savent exactement où me trouver.» Le soir, cependant, quelqu’un vole la vedette même aux plus sexys des Cariocas: c’est le soleil qui, tel un disque de lumière rouge, s’enfonce dans la mer derrière les Dois Irmãos, deux collines jumelles, jetant un voile doré sur la ville. Avec les applaudissements des centaines de spectateurs qui sont venus admirer le spectacle sur l’éperon rocheux de la Pedra do Arpoador. Pas de doute, ce jour a été un bon jour.

 

Voyager

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Ce voyage a été réalisé avec cette agence spécialisée dans les voyages en Amérique latine. Elle compose des voyages individuels sur mesure, week-ends urbains ou circuits et excursions, pour toute la Suisse. Geroldstrasse 4, 8010 Zurich, tél. 058 702 60 45, dorado-latintours.ch

TAP portugal
Propose des vols quotidiens pour Rio de Janeiro au départ de Genève et de Zurich avec escale à Lisbonne. La compagnie dessert également d’autres aéroports au Brésil.
flytap.com

Belmond Copacabana palace
Hôtel de luxe légendaire, construit en 1923 et situé à proximité immédiate de la plage de Copacabana. Ava Gardner, Marlene Dietrich ou encore Madonna y ont séjourné. Le lobby est, dit-on, l’atelier photo préféré de Mario Testino. belmond.com/copacabana-palace-rio-de-janeiro

Hotel Fasano
Hôtel design imaginé par Philippe Starck à Ipanema, il fait partie du groupe The Leading Hotels of the World. Ses hôtes apprécient particulièrement la piscine et le bar sur le toit. L’élégant restaurant Fasano al Mare propose une cuisine italienne d’exception, celle du chef étoilé Paolo Lavezzini. fasano.com.br

Manger

Confeitaria colombo
Ce café art nouveau, dans le centre-ville, est une véritable institution. confeitariacolombo.com.br

Mr. Lam
Cuisine chinoise haut de gamme. Il faut impérativement goûter à la sauce aux cacahuètes, qui a fait la réputation de ce restaurant au bord de la lagune. mrlam.com.br

PorcÃo
Les carnivores se croiront au paradis dans ce steak house, qui est le plus sélect de la ville. porcao.com.br

Acheter

Lenny niemeyer
Des vêtements de plage élégants, avec un petit quelque chose en plus. On les trouve aussi sur Net-A-Porter. lennyniemeyer.com

Farm
Des robes, des tops et des shorts guillerets qui donnent bonne mine et expriment bien la joie de vivre du Brésil. farmrio.com.br

Nk
Chez Lanvin, Céline ou Chloé, les fashionistas trouveront ici de quoi combler tous leurs désirs. nkstore.com.br

Culture

Museu do amanhÃ
Nouvel emblème de Rio: le Musée de demain, de Santiago Calatrava. 
museudoamanha.org.br

Favela-tour
Il est recommandé de recourir aux services d’un guide pour visiter les favelas. Par exemple chez cruxecoaventura.com