17. Mar 2018

TEXT VON

Estelle Lucien

FOTOGRAFIEN VON

Lea Kloos

Dans le dressing d’Anouck, versant sauvage

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Autant dans son travail que dans sa garde–robe, la photographe Anouk Schneider bannit tout ce qui est empesé et artificiel.

Galerie

Esthète jusqu’au bout des orteils, elle ne se dit pas modeuse. Anouk nous accueille dans sa maison où s’entassent les livres d’art et où les belles pièces vintage se combinent savoureusement avec des objets plus contemporains. Cocon en cuir rouge dans le salon, le fauteuil Egg d’Arne Jacobsen bavarde avec une petite chaise africaine zébrée alors que les tapis berbères multicolores égaient les imposantes pièces en bois massif.

En fouillant dans les armoires et les tiroirs de son dressing, nous discutons de sa relation particulière avec Londres, où elle a vécu huit ans. Repérée par Masoud Golsorkhi, photographe et fondateur de Tank Magazine, elle débarque dans la capitale anglaise en 2007 pour travailler au sein de la direction artistique de la prestigieuse publication. Sa griffe se démarque et la voilà qui vole déjà de ses propres ailes deux ans et demi plus tard en tant que photographe indépendante. Sollicitée pour des mandats publicitaires, elle signe ainsi des campagnes pour des marques comme Dior, Tods ou Uniqlo. «C’était formidable, mais à double tranchant, car en plus de mon poste d’enseignante à l’ECAL, je n’avais plus de temps pour mes projets personnels que je désire développer actuellement.»

Devinant son penchant hyperactif, il n’est donc pas étonnant que la capitale britannique, effervescente et excentrique, soit devenue sa ville de cœur. La métropole de 8 millions d’habitants, qui a toujours attiré un flux de jeunes générations assoiffées de liberté, brasse inlassablement les modes et les cultures, le jour comme la nuit. «Les soirées londoniennes ont bien évidemment nourri mon inspiration. Les gens sont plus décomplexés et prennent plus de risques en comparaison d’une ville comme Paris, où le style est généralement plus propret, voire BCBG. Londres, c’est un lieu à part, les gens arrivent à aller au-delà des canons physiques standardisés. Parfois le résultat ne joue pas complètement, mais cela me touche car j’adore les ratures. C’est tellement plus passionnant, plus marquant.»

Parfois le résultat
ne joue pas, mais cela me touche car
j’adore les ratures.

Anouk chérit donc les hardiesses vestimentaires et cultive une composante laid-back qui sied bien à son caractère ouvert et festif. Pour satisfaire cette fascination, elle élabore une série personnelle dédiée au street style croate, pays dont son mari est originaire. «Là-bas, les grandes chaînes offrant les tendances du moment à petit prix ne sont pas encore massivement implantées comme ici. Cela oblige les gens à faire preuve d’inventivité et leur attitude est beaucoup plus affirmée. Il y a quelque chose de fort, de frontal.»

Questionnée à propos de ses propres ratures vestimentaires, Anouk se remémore son premier jour au cycle d’orientation, sorte de cristallisation d’un rite de passage de l’adolescence, avec le stress généré par la conscience d’entrer dans une nouvelle phase, dans un nouveau cercle d’amis. «Je n’ai rien trouvé de mieux pour faire belle impression que de combiner des baskets à fleurs avec un jeans couvert de patchs en forme de rose et pull gris avec le même motif floral. Une semaine après je «switchais» new wave», s’amuse-t-elle.

Dans sa garde-robe actuelle cohabitent des pièces chinées dans les quartiers londoniens de Brick Lane et de Dalston. Une magnifique veste noire pailletée aux motifs ondoyants qu’elle porte souvent sur un simple t-shirt blanc, des robes longues dont elle abuse en été, l’éternelle veste en jean, ses armoires débordent d’éléments passe-partout. Pour les soirées chics, elle injecte volontiers une touche ethnique à ses tenues, hommage à ses lointaines origines mongoliennes, mais elle aime aussi le deuxième degré comme le prouve son t-shirt arborant un logo délavé de Batman. Pour parfaire ses looks tout en gardant une aisance de mouvement, elle puise dans sa collection de bottines: en cuir, en daim, avec et sans talon, version peeptoe pour le printemps.

Parmi ses derniers coups de cœur, figurent la marque de bijoux Rives, le magasin genevois spécialisé dans le vintage Julia’s Dressing ou le site web La Garçonne, faisant la part belle aux looks androgynes. Interrogée en matière d’élégance et de beauté féminine, elle cite instinctivement Charlotte Gainsbourg, Alexa Chung et Kristen Stewart. «Je me souviens aussi de certaines images de jeunesse de l’actrice Ornella Muti, où elle ne pose pas, la puissance de la beauté à l’état brut. Je me rends compte que, généralement, lorsque je suis intriguée par l’allure d’une femme, je retrouve souvent quelque chose de sauvage, même inconscient, chez la personne en question.»