04. Nov 2016

TEXT VON

Estelle Lucien

FOTOGRAFIEN VON

Léa Kloos

Festival Tous Ecrans, sera sensuel et festif

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Le 22e Festival Tous Ecrans de Genève c’est dès ce vendredi 4 novembre jusqu’au 19 novembre, avec une programmation dingue. On a rencontré son boss, Emmanuel Cuénod, quelques semaines avant le début des festivités. Portrait.

Il arrive sur les chapeaux de roue de sa bicyclette, le cadenas en plastique rouge vermillon verrouillé au cou. Il commande un granola et un express qu’il boit froid. A ses doigts s’agitent trois bagues, dont une Crazy Pig, «le bijoutier des rocks stars». Emmanuel Cuénod, 41 ans, porte fièrement la barbe rase et le Geneva International Film Festival Tous Ecrans pour la quatrième année. L’édition 2016, la 22e, s’ouvre le 4 novembre, avec en avant-première suisse Gimme Danger, documentaire de Jim Jarmusch, sur le groupe The Stooges et Iggy Pop, son détonant leader. Une plongée dans l’Amérique de la fin des années 1960.
Emmanuel Cuénod est trop jeune pour l’avoir connue. C’est un enfant des années 1980. Il naît et grandit à Genève, qui compte alors presque autant de cinés que de
terrasses. Quand il cherche les origines et les raisons de sa vocation cinématographique, c’est au creux d’un siège en velours bordeaux, plongé dans le noir, qu’il les trouve. «Pour moi, le ciné, c’est une salle obscure. Je ne peux pas m’en passer, c’est un besoin viscéral.» Viscéral et sensuel.

Deux souvenirs pointent dans sa mémoire: «Rencontre du troisième type, j’étais gamin, j’étais fasciné par cet immense écran, je croyais m’y perdre, et j’avais peur.» Puis la salle promet d’autres expériences. «Tu vas au ciné pour rouler des pelles.» Qu’on ne s’y trompe pas, le garçon est un gentleman, il s’intéresse aussi à ce qui défile sur la toile et connaît ses classiques. C’est au ciné-club du collège Claparède, à Genève, qu’il visionne ses premières bobines d’auteur. «Je m’étais procuré une carte je ne sais comment, car je n’étudiais pas dans ce collège», s’amuse-t-il aujourd’hui. Qu’importe, le sésame lui ouvre les yeux sur quelques grands noms: Spike Lee, Visconti, Bergmann, les frères Coen et Jim Jarmusch. Alors, comment cacher sa joie et son émotion lorsque, à son premier Tous Ecrans, le frais dirlo ouvre le festival avec Inside Llewyn Davis des frères Coen et qu’aujourd’hui, quatre ans après, toujours en poste, il déclare les festivités ouvertes au côté le réalisateur de Down by Law et de  Stranger Than Paradise et le clôturera avec une autre pointure, le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, Palme d’or 2010. Pourtant, Emmanuel Cuénod n’a rien de la groupie de star. «Je suis très heureux d’en rencontrer, mais mon bonheur, c’est de mettre en contact les réalisateurs et le public. Je me vois comme un facilitateur et accélérateur de rencontres.»

Son premier métier de journaliste, critique de ciné-ma à la Tribune de Genève, s’inscrivait déjà dans cette optique. «Mais j’ai eu peur de ne plus être vraiment au contact du ciné», explique-t-il. Alors il passe de l’autre côté et devient producteur pour Rita Productions. Histoire de mettre la main à la pâte. «Là, tu vois que sortir un film, c’est une véritable épreuve de force. Ça tient à chaque fois du miracle, il faut beaucoup de chance.» Lui aura encore celle de tenir Cinébulletin pendant deux ans et de s’initier au volet politico-professionnel du septième art en Suisse et d’en comprendre, ou pas, les rouages administratifs et financiers. Quand, en 2013, il rejoint le Festival Tous Ecrans, il compte y faire de nouveau souffler un petit vent de fronde. «A sa création, le festival a osé s’intéresser à la télévision. C’était très mal vu et iconoclaste. L’idée était de faire le même travail pour les nouveaux écrans, la création numérique», précise-t-il. S’il reste un carrefour où se croisent grand et petit écrans, le festival genevois a été, depuis, l’une des premières manifestations européennes à programmer des séries web ou du transmédia. Au menu des nouveautés, il faut encore mentionner la compétition internationale de vidéoclips. «On a dégoté des perles», s’enflamme le directeur quand il parle du cru 2016 et de la rétrospective 3D, avec la projection totalement inédite de The Stewardesses, film érotique en stéréoscopie datant de 1969! Des regards dans le rétro, mais aussi une vision vers demain avec, pour la première fois, une compétition d’œuvres en réalité virtuelle et un marché pour les contenus numériques.

«Regardez, restez curieux, le monde change», prévient Emmanuel Cuénod. Dans festival, il y a festif, et l’édition 2016, placée sous le thème de la sensualité, ne manquera pas non plus d’événements et de lieux pour faire la fête. Et pour embrasser les filles.