12. Sep 2018

TEXTE DE

Francesca Serra

PHOTOGRAPHIE DE

Lea Kloos

DANS LE DRESSING D’ALICIA

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Passionnée de bijoux et cofondatrice du site Figurin, Alicia décline un minimalisme insufflé par le Japon.

Galerie

Posées sur des plateaux zen en bois clair poli, de petites tasses à la forme ovoïdale qui s’adaptent parfaitement au creux des mains pour se réchauffer l’hiver. Contre un mur de la cuisine, deux grands drapeaux, l’un jaune intense, l’autre bleu, dans lesquels flottent des caractères japonais. Il s’agit de noren, des rideaux en tissu que l’on accroche traditionnellement à la porte d’entrée des restaurants ou magasins au Japon. Ramenés de divers voyages dans l’archipel, ces souvenirs composent la constellation d’indices qui témoignent du sortilège que cette culture a jeté sur Alicia et Guillaume, son copain. «Nous avons eu un crush pour le Japon que nous avons parcouru en long et en large, en visitant d’abord les villes, en partant faire de la marche dans la nature, puis en découvrant le nord.» Lors de ses pèlerinages, l’art de vivre nippon l’ensorcelle, sa beauté et ses contrastes saisissants s’impriment dans sa rétine, mais aussi ses narines et ses papilles. «C’est tellement inspirant. Entre folie et minimalisme, entre retenue et style kawaï, tout est possible, il y a zéro limite.»

Boucle d’oreille Sansoeurs, Créoles Maria Black, chaîne avec pendentif, bijou familial
©Lea Kloos

L’empreinte minimaliste se retrouve dans la sélection de bijoux et accessoires de son e-shop Figurin, qu’elle a cofondé avec sa meilleure amie, Delfina, en 2014. Il y a par exemple les pièces de la marque danoise Maria Black, parmi lesquelles les boucles d’oreilles, par un jeu d’illusion, revisitent avec élégance le piercing. «Chez Figurin, nous aimons les bijoux un peu mystérieux qui intriguent parce qu’on ne comprend pas tout à fait comment ils sont positionnés sur le corps, mais nous aimons surtout nous rattacher à une histoire qui habite la marque.» Alicia nous raconte l’engagement derrière les lunettes Dick Moby, marque gérée par des surfeurs engagés dans le recyclage de plastique, ou évoque l’inventivité de I RO SE, qui s’inspire de l’origami pour produire, à partir d’une seule pièce de cuir, de la petite et exquise maroquinerie.

J’AI UNE PETITE COLLECTION DE T-SCHIRTS BLANCS QUE J’AI SÉLECTIONNÉS SCRUPULEUSEMENT.

Avec une formation technique en bijouterie-joaillerie, doublée d’un bachelor en design à la Haute Ecole d’art et de design de Genève, Alicia Rosselet mène aussi en parallèle ses travaux personnels et est souvent sollicitée par des privés pour la création de pièces uniques. Ce n’est donc pas étonnant qu’elle voue un culte tout particulier à l’accessoire qui vient peaufiner ses tenues minimalistes. Make-up quasi inexistant et carré vaporeux, elle décline ses tenues sobres et fraîches en s’appuyant sur ses basiques. «Il m’est impossible de porter un autre modèle que le pantalon taille haute et j’ai une petite collection de t-shirts blancs que j’ai sélectionnés scrupuleusement. J’aime par exemple qu’il n’y ait pas de couture au niveau de l’épaule ou qu’elle soit décalée plus bas dans la manche. Je penche le plus souvent pour les monochromes et porte rarement de motifs.» L’heureuse exception est la découverte du binôme anglo-nippon de Swash London, qui produit principalement des foulards mais aussi des petites collections pour la femme et pour la maison.» Les motifs naissent des illustrations de Toshio Yamanaka, auxquelles le pinceau de Sarah Swash confère la puissance chromatique.

T-shirt Cos, Pantalon vintage, sac Céline
©Lea Kloos

Quelques trouvailles vintage parsèment sa garde-robe: un sac et une ceinture en cuir vert Yves Saint Laurent, un pantalon plissé d’un jaune pétard, mais aussi quelques tenues piquées dans l’armoire de sa mère. «Je ne m’intéressais pas à ses habits avant, mais depuis quelques années j’apprécie de redécouvrir les belles matières qui ont survécu à l’usure du temps. Je lui ai récemment volé, avec son consentement, une robe en soie jaune pâle, que j’adore.»

Si les talons étaient sa lubie, elle les a désormais troqués contre des baskets. «Aujourd’hui j’aime me sentir complètement à l’aise, même si j’étais fanatique des talons. Je me rappelle qu’à l’âge de 11 ans, je désirais tellement posséder ma première paire, alors que ma mère s’y opposait à cause de mon jeune âge, que j’ai obligé ma marraine à m’acheter mes premiers talons, compensés tout de même.»

Ses envies du moment? Rien de particulier, à part un manteau oversize noir Comme des Garçons, un intemporel qui est déjà sur sa liste depuis un bon moment en attendant de pouvoir investir la somme importante que cet achat impose. Sinon elle constate, en riant, que certains looks en vogue en ce moment lui rappellent celui de son adolescence: «Pattes d’ef, lunettes rondes, collier élastique, crop top… c’était la période d’Hélène et les garçons