Pantalon H&M, pull TARA JARMON, kimono vintage ramené du Japon.

13. Nov 2017

TEXTE DE

Francesca Serra

PHOTOGRAPHIE DE

Lea Kloos

Dans le dressing de Julia

  • Partager

Sur le plateau comme dans sa garde–robe, la comédienne Julia Batinova joue avec légèreté. 

Galerie

D’un visage souriant, non maquillé et frais comme la rosée, Julia nous accueille en grignotant dans sa cuisine. Un effet feel good opère instantanément dans son appartement intimiste constellé d’objets hétéroclites et bariolés. Du motif banane warholien de son rideau de douche jusqu’à la vaisselle dépareillée et graphique, tout est humour et poésie. Nous inspectons les pochettes des vinyles éparpillés dans le salon, examinons les titres des livres empilés dans l’entrée, en essayant de décerner comment l’harmonie règne dans ce beau chaos organisé. Le fil rouge, c’est certainement cet esprit vintage, composé de trésors trouvés au hasard de balades dans la ville, comme le buffet en bois massif sur lequel trône le tourne-disque ou l’étagère modulable qui compose son dressing. Le tout ponctué par des touches dorées qui, ici et là, font écho au carrelage de la cuisine que Julia a recouvert d’une couche adhésive pour le transformer en lingots d’or.

Bizarrement, sur scène, c’est à propos des chaussures que je suis le plus exigeante

Devant un jus d’orange et de gingembre maison, Julia Batinova nous relate la frénésie des projets qui se sont succédé ces derniers mois pour cette comédienne. Après avoir joué, sous la direction de Vincent Bonillo, une épouse pleine de rancœur, et incarné ensuite pour Pietro Musillo une femme dévastée par la passion, elle vient tout juste de dévoiler une création personnelle. Avec le titre aguicheur Wild Women Don’t Have the Blues, sa première mise en scène puise dans la plume acérée de Marina Tsvetaïeva, une des plus grandes poétesses russes. «J’avais
envie d’élargir la palette des mots que nous utilisons pour décrire l’amour et ai choisi un point de vue complètement féminin. Lorsqu’une femme aime, elle peut aller très loin», déclare-t-elle d’un regard mutin. S’appuyant sur le langage à la fois précis et imagé de Tsvetaïeva, sa pièce explore avec finesse les méandres de nos sentiments. Rires et larmes se confondent pour une expérience quasi thérapeutique.

Pour les six rôles féminins de Wild Women Don’t Have the Blues elle a également sélectionné les costumes. «Ma mère et ma grand-mère étaient couturières et, en grandissant au milieu des tissus dans leur atelier, j’ai certainement développé une sensibilité aux coupes. Je connais aussi les rudiments de la couture qui m’ont permis de me confectionner de temps à autre des robes, et même un manteau. Mais
bizarrement, sur scène, c’est à propos des chaussures que je suis le plus exigeante. Pour moi cela représente l’élément fondamental, comme si toute la démarche et l’allure de mon personnage en étaient conditionnées. Je suis aussi à l’aise sur des hauts talons, c’est la moindre des choses pour une fille russe de savoir marcher avec des talons»,  plaisante-elle.

Dans son vestiaire personnel, elle penche naturellement vers les combinaisons inédites. Une robe à paillettes sous un grand manteau masculin, un pantalon de survêt rehaussé par un haut kimono, un costume pantalon paré de baskets ou une robe longue fleurie accessoirisée d’un simple sac filet. Il est toujours question d’un certain goût du décalage bien dosé. «J’aime l’idée de me sentir vraiment libre et de porter une robe à paillettes à 4 heures de l’après-midi si l’envie me prend.»  

En termes d’icône de style, les premiers noms qui lui viennent à l’esprit sont ceux du 7e art, tout d’abord Greta Garbo mais aussi Monica Vitti et Cate Blanchett. «Il s’agit de superbes actrices pourvues d’une féminité intense qu’elles n’ont nul besoin d’exacerber.»