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30. Jun 2016

TEXTE DE

Séverine Saas

PHOTOGRAPHIE DE

Sébastien Agnetti

Dans le dressing de Juliet

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Galerie

Leçon de style chez une artiste libérée du superflu,

Juliet, éloge de l’essentiel

C’est une beauté naturelle. Sur son visage racé, mélange breton-algérien, aucune trace d’artifice. Ce serait une insulte à son sourire, qu’elle a généreux, à son regard franc et jovial. Sa fantaisie, elle l’exprime ailleurs. Dans cette longue jupe vintage en tissu ethnique portée avec un pull beige et poilu. Ou encore dans cette boucle d’oreille argentée aux formes subtilement tribales. Elles se marient bien avec le kilim iranien jeté sur le sol de son salon. Assise devant sa cheminée en marbre, Juliet Lakhdari, 28 ans, ressemble à une nomade qui ne craint pas de tout laisser derrière elle. Ce n’est pas si loin de la réalité.

Après avoir travaillé dans la finance, cette diplômée des HEC de Lausanne et Saint-Gall s’est lancée, il y a deux ans, dans une carrière d’artiste. «Je m’ennuyais, j’avais besoin de challenge. Et puis j’ai toujours fait de la peinture et du dessin en autodidacte», confie celle qui étudie désormais les arts visuels à la Haute école d’art et de design de Genève. Lors de sa reconversion, Juliet abandonne un grand appartement et un train de vie très confortable. «C’est parfois difficile, car j’adore aller au restaurant ou à des concerts. Mais ça reste une grande libération, car je me sens moins encombrée. Je suis revenue à l’essentiel.» Dans le charmant espace qu’elle partage avec son compagnon, le chef genevois Benjamin Luzuy, les vêtements occupent peu de place. Cachées sous un meuble, des sandales à talon Pierre Hardy et Alaïa sont les derniers reliquats de sa vie passée. Aujourd’hui, le monde se parcourt à plat, en baskets, Dr. Martens ou espadrilles. Et, sur le long stender qui lui sert d’armoire, on ne trouve quasiment que du vintage. «J’ai toujours aimé chiner, c’est un truc de famille!»

«Mon plus gros défi, c’est
la patience.»

Grâce à son œil affûté, Juliet a mis la main sur des perles rares, privilégiant les belles matières et les tissus fluides et colorés. Ses pièces fétiches? Un kimono en cuir bleu électrique trouvé à Paris, un pull mexicain acheté sur eBay, un pantalon pattes d’ef couleur brique ou une élégante robe coquelicot style Courrèges dénichée à Genève. Il y a aussi cette incroyable robe jaune à imprimé fleuri signée Thierry Mugler que Juliet doit faire ajuster à sa taille. Au milieu de cette garde-robe soigneusement sélectionnée, H&M et Zara occupent une place minoritaire. «C’est souvent de la mauvaise qualité et je me pose beaucoup de questions quant aux conditions de fabrication. A l’opposé, les vêtements de seconde main sont bien construits et donc durables.» Durable également, son sac à dos en daim et coton huilé Monsieur Mishiba, une marque minimaliste-chic pour laquelle Juliet va bientôt créer un imprimé. Les fondateurs ne sont autres que sa sœur Ellinor et Lars, son mari.

Amoureuse des pièces atypiques, Juliet se force tout de même à acheter des basiques. Portés avec un vieux jean, ils constituent son uniforme pour travailler en atelier. «Dans mon école, on se fiche un peu des fringues, ce n’est pas un marqueur social. L’important est d’être à l’aise», explique notre artiste. Sur les murs, on peut d’ailleurs admirer ses collages sur bois, superposition des formes colorées et abstraites. Pour l’instant, Juliet travaille en grand mais aussi en petit format, comme l’Américain Richard Tuttle, l’un de ses artistes favoris. Son rêve? Créer de grandes sculptures à la Franz West, dont elle admire l’ironie. «Mon plus gros défi, c’est la patience. Les arts visuels exigent un rythme lent, indispensable pour construire un propos cohérent. Mais, une fois que l’on arrive à faire exister une idée, l’art est la chose la plus magnifique qui soit.»