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29. Feb 2016

TEXTE DE

Margaux Meyer

PHOTOGRAPHIE DE

Sébastien Agnetti

Dans le dressing de Malika

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Malika, l’écléctique cérébrale

Immersion dans l’univers d’une fille au style inclassable.

C’est aux escaliers du Marché, à Lausanne, dans un joli immeuble médiéval longeant les fameuses marches en bois menant à la cathédrale, que Malika nous donne rendez-vous. Un coin de paradis avec bout de jardin intégré, au charme fou. La belle Helvético-Tunisienne nous reçoit, sourire aux lèvres, vêtue d’un jean cigarette, d’un body noir à col roulé et d’une paire de baskets 

Lacoste. Un premier abord enjoué, un poil déjanté, et aussi cérébral…

C’est d’ailleurs son côté intello que la jeune femme, qui finalise sa thèse de philo, nous a présenté en premier en s’épanchant sur la complexité de réaliser la synthèse de toutes ses années de recherches et de toutes ses idées à rassembler pour enfin décrocher le sacro-saint doctorat. Un foisonnement de pensées qui se reflète dans sa garde-robe et, par extension, dans son bureau, véritable œuvre d’art conceptuelle – du jamais vu –, le repère de la thésarde dans toute sa splendeur! Sur son bureau trônent une vingtaine de livres ouverts dont les pages sont tenues par des pinces à linge, des post-it par centaines et des feuilles accrochées au mur sur lesquelles sont inscrites des phrases dont les mots sont entourés et surlignés au feutre fluo. On comprend d’emblée que cette intellectuelle n’est pas femme à s’enfermer dans un genre précis ou une pensée unique.

L’éclectisme qui semble la caractériser se perçoit tout de suite quand on tombe sur ses multiples robes chinoises et ses kimonos japonisants paradant à côté d’une veste en cuir genre gangsta rap, dessinée par Missy Elliott pour Adidas et d’une manchette tribale en cuir de chez Pascale Monvoisin. Pas de carcans ni d’unilatéralité dans le dressing de Malika, juste une «collectionnite aiguë» teintée d’un hétéroclisme joyeux et farfelu. «Je ne peux m’empêcher de tout collectionner», et tout y passe: les imprimés, les combinaisons, les lunettes de soleil Tom Ford, mais aussi les peintures – elle a récemment commencé la collection d’anciennes toiles de maîtres suisses –, les bibelots, les ceintures, les grosses boucles d’oreilles imposantes, les manchettes et les pochettes, et puis les chapeaux, dont les plus beaux spécimens se matérialisent sous différentes formes, comme cette visière en plastique laqué rouge Adidas complètement démente, ce chapeau façon bombe d’équitation, ces larges capelines romantiques ou encore ces turbans exotiques qu’elle noue avec dextérité autour de sa tête.

Ses références mode? «Peut-être Romy Schneider dans La banquière, Saint Laurent période seventies et, surtout, Gabrielle Chanel, qui a libéré les femmes de leurs corsets, leur a rendu la liberté de mouvement grâce aux pantalons et à la fluidité des tissus, les a aidées à avancer aux sens propre et figuré. D’ailleurs, ce qui m’inspire le plus chez Chanel, c’est son audace et non ce qu’elle représente dans l’industrie du luxe en général», lance-t-elle en tenant tout de même dans ses mains son sac Boy griffé de la marque au double C…

Niveau bijoux, elle craque volontiers pour les créations de Pascale Monvoisin et les pièces géométriques. Elle est très attachée à ses bijoux berbères ramenés de
Tunisie ou à ceux qui lui viennent de sa grand-mère, comme cette bague en camée qu’elle porte presque tous les jours. Evidemment, on retrouve aussi avec délectation quelques curiosités, comme ce ras-du-cou en plumes de coq, offert par sa sœur Stella.

Très libre dans sa manière de choisir ses vêtements, Malika ne se focalise pas sur ce qui est tendance ou qu’on peut admirer sur papier glacé. «Souvent, les magazines me permettent de voir ce que tout le monde va acheter la saison prochaine, et c’est justement cela que je vais éviter de porter, car quand quelque chose devient trop à la mode il finit par devenir banal.» Une révélation qui en réalité reflète une vraie lubie rigolote. «Ma grande angoisse, c’est de croiser une fille dans la rue avec un vêtement que je porte, surtout lorsque la pièce est originale. C’est rédhibitoire, et dès cet instant je ne pourrai plus jamais le mettre!» Comme cette veste couleur rouille à la coupe parfaite qu’elle refuse d’arborer depuis qu’elle l’a vue sur une inconnue, croisée dans une gare. «Ça brise le charme et ça me froisse…» avoue-t-elle, avec cet humour et cette autodérision qui semblent lui coller à la peau.

Dans un coin, roulée en boule, Pulchérie, dite La Poule, la chatte de la maison, considérée par sa maîtresse comme «une chatte responsable, intelligente, bavarde mais délicate», lève de petits yeux fatigués vers nous, comme une supplique pour un retour au calme… Il est temps de lui rendre grâce en lui accordant son repos et de quitter le monde complexe de Malika… Mais on reviendra!