Les étoiles tatouées dessinent une ligne sur les jambes de l’artiste genevoise.

10. Aug 2017

TEXTE DE

Francesca Serra

PHOTOGRAPHIE DE

Sébastien Agnetti

Dans le dressing de Virginie

  • Partager

Enchaînant les projets, de la vidéo au tricot, l’artiste Virginie Morillo nous galvanise avec sa curiosité vorace et son style assumé.

Galerie

Nos yeux sont sollicités à la limite du court-circuit visuel lorsqu’on pénètre dans l’appartement que Virginie Morillo partage avec un gros chat poilu et le ténébreux crooner genevois Régis. A mi-chemin entre un cabinet de curiosités et un showroom, ce lieu abrite ses créations personnelles, souvenirs de voyage, objets vintage chinés et collection de vinyles. D’abord l’œil est happé par ces verres anciens aux dorures fines, puis notre penchant nostalgique est titillé par les pochettes des 45 tours dont les sillons sont gravés des tubes des années 60. Au salon trône encore un chat en céramique noire au sourire sournois qui a fait partie de son exposition personnelle Piratage. Virginie Morillo y remplaçait notamment les 24 drapeaux des cantons helvétiques par ses propres drapeaux en soie, commandait aux jardiniers une mosaïque florale géante et présentait des œuvres olfactives et sonores. «J’ai toujours aimé relever, poivrer les sens. Je travaille avec les odeurs, les textures, j’aime quand on est au plus proche de l’œuvre d’art.» De ses premiers dessins revisitant les archétypes de contes Disney aux clips qu’elle réalise aujourd’hui en duo avec le vidéaste Jean-Daniel Schneider via leur projet Maison Suspecte, son univers esthétique nous place en funambule entre fantastique et inquiétude. Après avoir étudié la peinture à l’école d’art de Genève, elle a suivi des cours de sculpture et de design textile à la Cambre de Bruxelles pour ensuite partir s’initier à la céramique au Japon. «Quand j’étais à Kyoto, à côté de mes recherches en céramique, je me suis fait passer pour une journaliste pour interviewer beaucoup de performeurs et d’artistes japonais et j’en ai fait un court métrage», confie-t-elle amusée.

«J’ai toujours

aimé relever, poivrer les sens.»

Récemment, Virginie était au Mexique. Lors de sa résidence à la Casa Maauad, à Mexico, elle s’est plongée dans l’apprentissage d’une technique ancestrale de coloration naturelle. «J’ai voulu teinter mes drapeaux de façon naturelle grâce à cette tradition qui remonte à l’époque maya. Pour obtenir la nuance souhaitée, il faut mélanger des ingrédients naturels comme la fécule bleu indigo de l’anile et le carmin des cochenilles. Ils m’ont même appris à utiliser des fleurs pour faire évoluer le bleu vers le gris et des peaux de banane pour accentuer des nuances de vert.» Les paysages désertiques mexicains, ponctués d’agaves et de cactus, l’inspirent également pour tourner une vidéo en orchestrant une parade de motards locaux qui font voleter les slogans énigmatiques de ces drapeaux. Elle garde d’ailleurs en souvenir un t-shirt noir qu’un de ces bikers lui a offert. La moto est une de ses passions, transmise par son père. «Petite, mon rêve était d’être pilote. Je regardais les grands prix de moto avec mon père et j’étais révoltée d’apprendre que cette compétition était fermée aux femmes. Plus tard, j’ai appris à conduire sur une belle Yamaha 125CC.» Réminiscence de cette fascination pour la moto, les bottes en cuir font belle figure dans son dressing et proviennent en partie d’une razzia fructueuse lors d’un voyage à Los Angeles. Son vocabulaire vestimentaire demeure très éclectique: les robes à fleurs et les débardeurs sophistiqués côtoient une minijupe en cuir et un ensemble en lurex doré. Du cuir à la soie en passant par la fibre métallique, elle aime depuis toujours créer des contrastes inattendus en jouant avec les matières et les proportions.

Avec la complicité de sa mère, elle a lancé de superbes tricots contemporains sous le nom Morillo Mother & Daughter. Ces pièces uniques tricotées à la main déploient à chaque sortie un registre différent: la première collection, Jah Rule, s’inspirait avec ses couleurs psychédéliques des raves techno; ensuite les pulls de Couverte d’amour étaient plutôt minimalistes et sophistiqués, alors que les derniers bodys dégagent un goût vintage et irrévérencieux