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14. Dec 2015

TEXTE DE

Estelle Lucien

Élisabeth, l’avant-gardiste

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Galerie

Immersion dans le monde gypset–bobo–chic d’une passionnée de mode.

C’est par une petite route sinueuse qu’on arrive chez Elisabeth. Cette passionnée de mode habite l’ancien château des comtes de Maugny, posé, depuis le XIVe siècle, sur une colline savoyarde, à deux pas des rives françaises du lac Léman. La belle brune, de sa voix douce et feutrée, nous reçoit habillée d’un jean troué, dont la trashitude n’a d’égale que la coolitude, d’un gilet en grosse maille et de baskets. Façon «easy-goingchic», à mille lieues du stéréotype typique que l’imaginaire collectif pourrait se faire d’une châtelaine. D’ailleurs, derrière les murs séculaires mais soigneusement préservés du château qui fut autrefois l’un des repères préférés de Marcel Proust, les récents propriétaires ont balayé ce qu’il restait de clichés au monde avec leur magnifique décoration contemporaine.

Son sens de la mode, Elisabeth l’a dans la peau depuis petite, du temps où elle dessinait ses robes de princesse. Aujourd’hui, autant dans sa boutique genevoise, la bien nommée Avant-Garde dans laquelle elle aime tant habiller les gens, que dans ses armoires, les froufrous et le tulle de son enfance ont laissé place à un style affirmé, racé et «bien dans ses pompes» ou, plutôt, bien dans ses baskets. «Je voue une véritable passion à la basket! Je les achète le plus souvent chez Golden Goose et Saint Laurent.» Mais, au milieu de tous ces trésors, on cherche en vain une paire de talons… «Ah! les talons, ce n’est pas mon truc! Je n’ai d’ailleurs jamais su marcher avec des escarpins. J’adore pourtant les vendre dans ma boutique et voir les femmes en porter mais, pour ma part, je me suis sentie déguisée les rares fois où j’y ai glissé mes pieds….» avoue-t-elle, l’air mutin.

Ah! les talons, ce n’est pas mon truc.

Son côté avant-garde, elle le cultive dans sa façon artistique de percevoir la mode, plutôt que de simplement suivre les tendances actuelles. Oser casser les codes en restant fidèle à sa personnalité, oser mélanger les imprimés, oser associer une paire de sneakers avec un costume résolument chic et oser proposer à la vente des marques de niche qui lui ont tapé dans l’oeil et dans le coeur. «Je ne travaille pas avec des créateurs parce qu’ils sont en vogue, mais parce qu’ils me plaisent. J’ai besoin de connaître leur histoire, afin de pouvoir la transmettre à la cliente.» Un petit supplément d’âme qu’on retrouve, par exemple, chez Oneonone, l’une de ses marques fétiches où chaque pièce en laine est unique et porte le nom de sa tricoteuse.

Dans ses armoires et dans sa boutique, on trouve, dans un style «gypset-bobo-chic», des marques comme Raquel Allegra, qu’elle admire pour ses tie-dye, R13, pour leurs jeans délavés à la main et leurs coupes extra, Ibrigu, une petite marque italienne qui crée des «mix and match» avec des soies vintage, la bohème Ulla Johnson, Sass & Bide, Saint Laurent, Golden Goose et bien d’autres.

Côté bijoux, le niveau reste élevé: Elise Dray, Hermès, Pascale Monvoisin, Harpo, Aurélie Bidermann, Pamela Love ou encore Apriati. Dans sa précieuse boîte en verre, des bijoux d’une finesse extrême côtoient de grandes pièces iconiques. Les deux genres cohabitent pour finalement se rejoindre dans un esprit d’épure commun.

En quittant, à regret, le château de Maugny, on croit entrapercevoir le fantôme de Marcel Proust, dont l’âme partage aujourd’hui les lieux avec la sensibilité artistique et le dressing impressionnant d’Elisabeth. Un dressing à son image, où l’extravagance est dans le détail et la classe partout ailleurs.