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11. Sep 2015

TEXTE DE

Leticia Araujo

Fashion week de NYC vu par Eileen Hofer

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Cette semaine se déroule la fashion week de New York. Grâce à Eileen Hofer, nous vous faisons vivre cette folle semaine de la mode, à travers son blog Eileen’s Expresso. Découvrez son premier article ci-dessous ou sur son blog ici

 

 

 

Fashion Week de New York et la pintade d’Anne-Sophie Pic

La semaine dernière je présentais mon film « Horizontes » à Séoul, la précédente je restais sceptique devant une masseuse qui me badigeonnait le corps d’huile essentiel de girofle sur une plage du Zanzibar. Hier, j’organisais une soirée avec 200 invités au Restaurant-Hôtel du Parc des Eaux-Vives à Genève et en profitais pour poser avec le photographe de mode Nicolas Schopfer. Ce mercredi matin, je participais à un coup médiatique orchestré par le directeur du festival de films de Winterthur qui veut lutter contre la xénophobie en mettant en ligne un de mes courts-métrages tourné en 2013 dans un camp de réfugiés syriens en Bulgarie.

J’y mettais en scène Berivan, une jeune mariée et universitaire de Damas qui, avec une pointe de sarcasme, raconte son parcours de plusieurs semaines à pied et en bus pour terminer sa course effrénée dans une école désaffectée de la banlieue de Sofia. Pas d’électricité, pas de chauffage, elle se retrouve entassée avec 1000 de ses concitoyens. « C’est l’enfer mais avec mon mari, on rigole en se disant qu’en matière de lune de miel on n’aurait pas pu mieux faire. » Dès midi, plus de trente festivals dans le monde vont relayer le film sur les réseaux sociaux et leur site web.

Heureusement (et je ne me serai jamais imaginée dire cela un jour) mon vol pour New-York au départ de Paris a deux heures de retard. Une gentille dame d’Air France m’appelle le matin pour me proposer de repousser la connexion Genève-Paris. Top, ça me laisse le temps de faire des triples sauts périlleux sur ma valise pour qu’elle se ferme une fois pour toute. Il faut dire que mon ange gardien – aussi appelé Viola Sekularac (de la boutique genevoise La Muse) – m’a fait parvenir hier des vêtements signés Nicholas K. Ce duo de stylistes s’apprête à ouvrir la Fashion Week de New York jeudi matin à 9 heures précises et moi si je ne balance pas d’un geste brusque mon réveil au vingtième snooze : j’y assisterai.

Du coup, la directrice des Relations Publiques de Clarins avec laquelle j’organisais la soirée au Parc des Eaux-Vives m’a remis de quoi garder le visage immaculé de toute marque de mon futur ennemi, le jetlag. Sauf que je ne me souviens plus de l’ordre chronologique des crèmes et huiles à mettre.

C’est épuisant d’avoir plusieurs jobs, je jongle avec mon métier de journaliste, celui de relations publiques d’un cinq étoiles et avec celui de cinéaste qui me demande en ce moment de gérer mes sorties de films en salle et en festivals, avec, en prime, des sueurs froides quand une copie se retrouve bloquée à la douane à quelques heures d’une projection. Parfois, je me mets à rêver que je somnole recroquevillée sur le canapé de Freud tandis que ce dernier tournoie autour de moi tout en mordillant son crayon et en se susurrant à lui même : « Cette femme doit être hyperactive d’une point de vue neuropsychologique.»

Alors, dans les longs courriers, je récupère mon retard en matière de presse et me déstresse. Là par exemple, j’ai une dizaine d’Inrocks à lire. Dans l’un d’eux, ils vont annoncer la palme d’or de de mai dernier.

Je vais aussi regarder le dernier Pixar et siroter un jus de tomate rallongé d’un doigt de vodka histoire de traverser les fuseaux horaires sans fatigue dans un fauteuil devenu un lit. C’est dans la position horizontale à 180° de la nouvelle classe business d’Air France que j’organise en parallèle mon agenda de la semaine et fixe ma to-do-list new-yorkaise.

Quelle idée de faire la Fashion Week à New York alors que je n’y comprends fichtrement rien. Francis Ases, un ami maquilleur de Lausanne, que je connais depuis plusieurs décades déjà, a toujours pris un malin plaisir à répéter à qui veut l’entendre: « Ah mais regardez Eileen, un sac poubelle sur les épaules et hop elle est habillée. » J’ai un autre ami (gay lui aussi) qui à chaque fois que je le croise dans un cocktail s’approche de moi un sourire légèrement pincé aux lèvres et, au moment de m’embrasser me susurre un « brûle-moi cette robe, idiote, elle est monstrueuse ! » avant de me féliciter devant les autres pour mon élégance légendaire.

La mode m’épuise.

J’interromps mon troisième film et mes pensées saugrenues sur les tendances vestimentaires. Le menu étoilé est servi. Je découvre que ma pintade et sa raviole ont été inventées par Anne-Sophie Pic, chef triple étoilée au Guide Michelin. Ma voisine de droite minaude en suçottant sa feuille de salade sans sauce. « How dare you ? » ai-je envie de lui crier. Je m’attends à découvrir « un tableau d’un équilibre absolu», dixit le menu. J’adore les repas dans les avions surtout lorsqu’ils sont crées par de grands noms de la haute cuisine française. En fait, j’adore l’art de vivre à la française. J’adore le champagne et je déteste quand une rabat-joie se retrouve à côté de moi. Tant pis pour elle, je me délecte avec mon suprême de volaille qui malgré son look un peu « lendemain de fête » affole mes papilles et voilà déjà que la blette finement hâchée s’apprête à générer « une sensation de douceur.» Qui diantre écrit les menus?

Ellipse. L’hôtesse me fait sortir de ma bulle privée, de mon cocon dans les nuages. Nous arrivons à New York. Je suis censée rejoindre un rooftop pour le lancement de la soirée de Belvedere la boisson préféré de Monsieur James Bond dans SPECTRE 007, mais j’ai deux heures de retard. Le taxi me dépose directement sur place, je mets du rouge à lèvres dans la voiture nous voilà (mes valises aussi) au sommet de l’extraordinaire Freedom Tower. La batterie de mon téléphone rend son dernier souffle. On découvre, lors de ce cocktail exclusif, la campagne publicitaire de la marque d’alcool avec leur nouvelle ambassadrice, la bond girl, Stephanie Sigman qui pose ici avec Charles Gibb, le président de Belvedere que j’ai connu à plusieurs reprises à Cannes. « Okay… Here we are in New York » Let’s rock.