10. Oct 2018

TEXTE DE

Estelle Lucien

PHOTOGRAPHIE DE

Lea Kloos

Rencontre avec Olivia Gerig, auteure à l’encre noire

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En lice pour le Prix du polar romand, «Le mage noir» succède au remarqué «Ogre du Salève». L’auteure, Olivia Gerig, y explore les chemins du mal, dont beaucoup passent par la région.

“Le Mage Noir”
Olivia Gerig
Editions L’Age d’Homme

Noir, c’est noir pour Olivia Gerig. Sa tenue est sombre, «toujours», précise-t-elle d’une voix rauque et timide. La couverture de son deuxième et nouveau polar aussi, jusqu’au titre: Le mage noir (Editions L’Âge d’Homme). C’est sur une terrasse de la rue de l’Ecole-de-Médecine à Genève qu’on la retrouve. Elle a déjà bu plusieurs cafés. A notre arrivée, elle range son ordinateur poliment. «J’écris un peu partout.» On lui trouve un petit air de Virginie Despentes. Elle est flattée. Elle admire beaucoup l’écrivaine française, pour ses livres et pour ce qu’elle a fait de sa vie. Olivia sévit aussi du côté de l’écriture, mais dans le registre policier. Son premier ouvrage, L’ogre du Salève, paru en 2014 chez Encre Fraîche, a été remarqué et plusieurs fois réédité. «C’était inattendu», s’étonne-t-elle. On y rencontrait déjà Aurore, jeune policière d’Annecy, et le commissaire Claude Rouiller, mais aussi le médecin légiste italien di Giorgio ou encore l’experte psychiatre Justine. Quatre ans après, l’écrivaine convoque derechef ces personnages et les embarque dans une nouvelle affaire. Une sale histoire où ressurgissent les démons du passé, où se bousculent ésotérisme et sociétés secrètes, où les plus faibles sont sous la coupe diabolique des plus forts. «La question du mal, c’est ce que j’ai voulu explorer», précise Olivia Gerig. L’enquête, à la suite de la découverte au Châble, en Haute-Savoie, d’un cadavre étrangement marqué et dans un stade de décomposition avancé, se déploie entre Genève, Annecy, Morzine et Paris. Des lieux décrits avec une précision de géographe. Olivia Gerig est très pointilleuse sur cet aspect. «Je dois connaître les lieux. J’ai besoin que mes histoires soient ancrées dans le réel.» Elle y va, Olivia, et y retourne. «Je prends des photos, je regarde s’il y a eu des changements.» Ses Moleskines à la couverture noire (forcément) ne la quittent jamais. Elle y conserve aussi les notes sur les personnages. «Ils ont tous quelque chose de moi», confie-t-elle. Mais c’est dans sa tête seule qu’elle tient le fil de tout le scénario. «Même si c’est un peu fouillis.» Ensuite, elle construit le roman par chapitres qu’elle n’élabore pas forcément dans l’ordre, mais selon des thèmes et son humeur. «Je ne vais pas écrire une scène de crime si je ne suis pas disponible pour cela.»

Je suis une romantique rock. 

Olivia aurait pu être journaliste, c’est évident. C’était son plan d’ailleurs. «Je me voyais bien en rubrique internationale.» Mais la vie de cette quadra l’a mise sur d’autres chemins, ceux de la communication, où elle exerce encore à temps partiel. Elle reste très au fait de l’actualité, et fan de l’émission Faites entrer l’accusé. Son ouvrage est truffé de références détaillées aux événements qui ont fait les gros titres de la presse locale. Les amateurs d’histoire aussi sont servis en lisant Le mage noir. Olivia Gerig sait rendre son lecteur plus intelligent, si ce n’est plus cultivé. En quelques phrases, elle refait l’historique du célèbre cimetière des rois, ou de celui de Morzine.

Dès qu’elle a su lire, à 4 ans, Olivia a plongé dans les livres. «Et j’ai dû écrire mes premières histoires à 8 ans.» Enfant unique, elle a soigné sa solitude et son ennui en créant un monde imaginaire. «Peuplé de chevaux!» s’amuse- t-elle. Désormais, les tueurs en série, gourous dévoués au diable, flics dépressifs et autres personnages borderline ont remplacé les gentils équidés. C’est en suivant un cours de criminologie que la Genevoise a brossé les premiers portraits de ses personnages, dans le cadre d’un travail de mémoire intitulé Les pendues du Thiou (rivière qui coule à Annecy). «Le premier épisode, en quelque sorte, des aventures du commissaire Rouiller», explique-t-elle. Sur cette lancée, elle écrit L’ogre du Salève. «En 2011, je travaillais pour une ONG au Salon du livre de Genève. Notre stand était en face de celui des Editions l’Encre Fraîche.» Un peu poussée par son papa, Olivia glisse timidement son manuscrit. Il est publié en 2014. «J’ai commencé la suite assez vite.» 

La Genevoise Olivia Gerig signe son deuxième roman policier.

Entre-temps, son emploi dans l’humanitaire la mène au Cambodge. Une mission qui la marque à beaucoup de point de vue. Elle en fait donc un livre, Impasse khmère. «C’est une roman initiatique, pas du tout policier, mais sombre quand même.» Elle même ne l’est pas tant que ça, sombre. La vie en terrasse, les soirées entre amis, cette mère d’un petit garçon de 7 ans sait profiter des plaisirs de l’existence. Au premier rang desquels la musique. «C’est une partie importante de moi!» Les écouteurs ne sont jamais loin lorsqu’elle écrit, et tout son roman est truffé de références musicales, jusqu’à la fin où, entre l’épilogue et la postface, l’auteure a glissé un lien YouTube pour retrouver les morceaux cités dans les pages précédentes. «Je suis une romantique rock», souligne-t-elle encore, lorsqu’on remarque qu’à son cou et à son poignet dansent les quatre lettres de «LOVE». Comment Olivia Gerig se voit-elle dans dix ans? «Heureuse. Si j’arrive à écrire un livre tous les deux ans.»