27. Apr 2018

TEXT VON

Estelle Lucien

Joël Dicker: “J’écris parce que je lis”

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C’est dans les salons feutrés, avec vue sur la rade de Genève, à l’étage de la boutique Piaget, que Joël Dicker reçoit autour d’un thé. Rare écrivain à avoir été choisi comme ambassadeur d’une marque de luxe, le Genevois est, à 33 ans, ce qu’on appelle un auteur à succès. Son roman La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, (2012), récompensé par le Grand Prix du roman de l’Académie et le Prix Goncourt des lycéens, s’est écoulé à plus de 3 millions d’exemplaires. En novembre prochain, son adaptation cinématographique réalisée par Jean-Jacques Annaud sort sur les écrans. En attendant, et trois ans après Le Livre des Baltimore, Joël Dicker défend son dernier bébé: La Disparition de Stephanie Mailer. Un roman foisonnant de personnages embarqués dans une intrigue policière qui rebondit 20 ans après les faits. A peine sorti en librairie, l’ouvrage publié aux Editions de Fallois s’est placé en tête des ventes* . Le Suisse donne le goût de lire, le plaisir du roman, de l’intrigue, et d’un scénario maîtrisé qui tient ses lecteurs en haleine. Alors que le livre tient salon à Genève, jusqu’au 29 avril, l’occasion est trop belle de demander à l’écrivain, quel lecteur est-il? 

Dans quelle mesure, la lecture est-elle fondamentale?

La lecture c’est la construction de l’esprit. Elle force à synthétiser et à former ses propres concepts. C’est la création d’une mécanique personnelle. Le roman plus particulièrement, c’est la possibilité donnée au lecteur de projeter, de construire et d’imaginer une histoire. La responsabilité du lecteur est presque aussi grande que celle de l’auteur. Celui-ci  propose une histoire et la raconte, mais tout le travail de création est fait par le lecteur. C’est pour cette raison que le cinéma ou les séries télévisées sont très inférieures à la littérature. Devant l’écran, il y a un spectateur qui accepte les images, la langue, le rythme imposés, alors que le lecteur d’un roman, lui va être le créateur de tout ça. Lire beaucoup donne la capacité à une évasion de soi-même et à la projection de ce qu’on voudrait ou pourrait faire.

Vous êtes un grand lecteur, l’écriture a-t-elle été pour vous cette projection ?

Clairement oui. J’écris parce que j’ai beaucoup lu et aimé lire. Je retrouve les mêmes sensations en écrivant qu’en lisant avec l’avantage de donner moi-même les directions de l’histoire. 

Qu’est-ce qui fait une bonne histoire?

C’est une histoire où il y a de la place laissée au lecteur pour sa propre imagination. 

Quel est le dernier livre qui vous a remué?

Me Voici de Johathan Safran For, j’ai vraiment vécu, imaginé et vécu avec les personnages.

Quel est le livre que vous relisez, ou avez relu?

Je ne relis jamais, jamais, jamais un livre. J’ai peur en relisant un livre que j’ai aimé de ne pas y retrouver les mêmes sentiments que la première fois. Donc jamais, sauf…un: Belle du Seigneur d’Albert Cohen.

Vous êtes ami de la maison Piaget. Quels sont les liens entre une marque de montres et de bijoux et l’écriture?

Il y a une similitude dans le travail de précision. Une montre comme un roman, tient de la mécanique et de la construction. L’horloger lorsqu’il travaille est dans son mouvement comme le romancier est dans son livre. Mais chez Piaget, il y a en plus le plaisir, et c’est pour moi quand j’écris une notion très, très importante. 

Joël Dicker sera au salon du Livre, ce dimanche 29 avril. 


 

*Livres Hebdo