06. Nov 2018

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Laurence Desbordes

FOTOGRAFIEN VON

Luca Rizzo

La HEAD défile. Et après?

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Le 7e défilé de la Haute Ecole d’Art et de Design de Genève se tient ce vendredi 9 novembre dans son campus des Charmilles. Une fois leur cursus achevé, que deviennent ces jeunes diplômés en mode et accessoire? Cinq d’entre-eux racontent ici leur parcours. 

 

Galerie

Plus besoin de présenter la Haute École d’Art et de Design (HEAD) de Genève. Depuis 2006, ce lieu a su se tailler la part belle dans le monde de la mode et de la scène artistique, au point que le très réputé site de mode The Business of Fashion la classe parmi les meilleures du monde.

On ne compte plus les talents qui en sont sortis. Il y a les grands noms comme Serge Ruffieux, ancien bras droit de Sonia Rykiel, puis codirecteur de la mode femme chez Dior et aujourd’hui à la tête de la direction artistique de la maison Carven. Ou la Bulloise Vanessa Schindler qui grâce à son utilisation de l’uréthane pour éviter les coutures a séduit l’unanimité du jury du Festival International de mode d’Hyères en 2017. Mais ces deux beaux parcours ne doivent pas faire oublier les chemins empruntés par de nombreux autres diplômés de la HEAD, petits génies du tissu, du cuir ou du métal, qui à coups de ciseaux et d’aiguilles se bâtissent une carrière internationale sur la planète fashion et permettent du même coup à l’institution genevoise d’asseoir sa réputation au firmament de la mode. Portrait de cinq de ces créateurs qui n’ont pas fini de faire parler d’eux. On en est sûr.


LAURA BONED 

Laura Boned
Diplômée de la HEAD en Design Mode en 2015
Actuellement: Junior Designer women, Saint Laurent, Paris

Votre projet de fin d’étude portait sur quoi ?

Le thème que j’avais choisi pour une collection femme était l’accident vu comme un processus créatif.

Vous souhaitiez intégrer quel genre de maison une fois la HEAD achevée ?

Plutôt une grande maison comme Dior quand Raf Simons était à sa tête. Je me sentais très proche de son univers.

Combien de temps avez-vous mis après la HEAD pour trouver votre premier emploi?

Durant la HEAD, j’ai effectué un stage chez Dior, et après mon diplôme j’ai passé un entretien avec deux head designers de la maison Dior qui m’ont engagée. Après Dior, j’ai été free-lance et ensuite je suis entrée chez Saint Laurent comme assistante et aujourd’hui je suis designer junior pour les pré-collections et je travaille surtout sur le flou et le drapé. Je ne me suis jamais éloignée de mon style et de ma manière de travailler le tissu.

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots à quoi ressemblent vos journées chez Saint Laurent?

Chaque journée est différente et on va de surprise en surprise. On court partout car notre activité principale est de trouver des solutions. Donc les journées en période de fashion week se résument à: réglages, essayages, préparation des défilés. En dehors des semaines de la mode, c’est dessiner, expliquer ce que l’on a voulu faire, essayage et résoudre des problèmes.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus?

Proposer, créer des vêtements, faire des recherches dans les archives de la maison, travailler en 3D, construire des idées et des visuels. On part souvent d’image de la maison YSL pour les retravailler de manière plus contemporaine et dans le style du directeur de création.

Où vous voyez-vous dans 10 ans ?

En free-lance et travailler à différentes échelles pour plusieurs maisons, avoir des projets différents, être plus libre.


JULIE-VANILLE MONTAURIER 

Julie-Vanille Montaurier
Bachelor puis Master en Design Mode en 2016
Actuellement: Assistante styliste cuir chez Saint Laurent, Paris

Votre projet de fin d’étude portait sur quoi?

Sur le geste répétitif et la conception de la peau.

Vous souhaitiez intégrer quel genre de maison après la fin de vos études?

Une grande maison de couture à Paris comme Saint Laurent, Vuitton ou Balenciaga.

Combien de temps avez-vous mis après la HEAD pour trouver votre emploi?

J’ai trouvé directement après le master grâce à un stage chez Saint Laurent qui a débouché sur un job. Cela fait deux ans maintenant que j’y suis et je travaille au studio cuir.

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots à quoi ressemblent vos journées?

Conception de collections homme et femme, dessins techniques, essayage, correction des pièces, choix des cuirs et relations avec les fabricants…

Qu’est-ce qui vous plait le plus?

Le travail en équipe

Où vous voyez-vous dans 10 ans ?

Grande question… peut-être en ayant monté un projet avec plus de valeurs que ce que je trouve en ce moment dans ce milieu. Quelque chose plus proche de la rue, moins dans le luxe.


 FLORENT TOSI 

Florent Tosi
Bachelor en Design Mode 2012 .
Actuellement: Menswear designer chez Ann Demeulemeester, Anvers

Votre projet de fin d’étude portait sur quoi?

Avec ma collection “Ce qui est beau est toujours bizarre”, j’ai voulu exprimer mon approche du costume masculin en le perturbant, le féminisant, le sexualisant, en révélant le corps qu’il dissimule. Pour cela, j’ai voulu faire se rencontrer deux techniques – le tailleur et le flou – par le moyen de découpages entremêlés de collages.

Quel genre de maison souhaitiez-vous intégrer après vos études?

Au début, j’ai surtout voulu faire des stages car je n’avais pas eu l’occasion d’en faire durant mon cursus. Je voulais comprendre quel genre de maison me convenait le mieux. J’ai donc commencé en faisant un stage dans une petite maison, puis chez Ann Demeulemeester où un poste m’a été proposé au bout de 6 mois.

Combien de temps avez-vous mis après la HEAD pour trouver votre emploi ?

1 an et demi.

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots à quoi ressemblent vos journées?

Le processus de collection est cyclique – recherches, choix des tissus, toiles, développement des prototypes, défilé. Comme nous sommes une équipe réduite je suis complètement investi à chaque étape, ce qui rend le travail varié et intéressant.

Qu’est-ce qui vous plait le plus?

Travailler en équipe et avoir de nouveaux challenges chaque jour.

Où vous voyez-vous dans 10 ans ?

On verra! J’ai appris à ne pas forcer les choses et à me laisser surprendre.


ENZO MELCHIORRE 

Enzo Melchiorre
Diplômé de la HEAD en 2016. Bachelor en design produits, orientation bijoux et accessoires.
Actuellement: Assistant designer senior, maroquinerie et pièces métalliques, Louis Vuitton, Paris

Sur quoi portait votre projet de fin d’étude à la HEAD?

Il s’articulait autour d’une série d’accessoires mettant en scène un père et son fils. J’ai toujours aimé créer des personnages autour de mes accessoires et j’avais envie de parler de cette relation particulière mêlant confrontation, admiration et complicité.

Quel genre de maison souhaitiez-vous intégrer après vos études?

Une grande maison de mode afin de me confronter au rythme si spécial qui caractérise les fashion-weeks. Je désirais être au cœur d’un processus créatif, mais aussi ancré dans le réel car dépendant d’échéances strictes, de budget à respecter…

Combien de temps avez-vous mis après la HEAD pour trouver votre premier emploi ?

Pendant un an, j’ai eu diverses expériences dans le monde du design et du luxe. Un concours de jeunes créateurs en binôme, une scénographie pour une boutique de luxe genevoise, des achats aux fashion-weeks… Il était important pour moi d’avoir une vision globale des différentes facettes qui pouvaient m’attendre dans ce milieu. J’ai finalement débuté un stage chez Louis Vuitton en tant qu’assistant designer senior.

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots à quoi ressemblent vos journées ?

Elles se concentrent sur trois pôles très différents rendant l’expérience complète. L’animation d’une ligne permanente de maroquinerie, le design pour les pièces métalliques destinées aux défilés et la recherche liée aux cuirs exotiques. Le rythme est évidemment calé à celui des grands rendez-vous de la maison, à commencer par les shows. Difficile alors de décrire une journée type tant la cadence varie d’une semaine à l’autre.

Qu’est-ce qui vous plait le plus?

Rencontrer tous les acteurs de l’industrie, qui restent parfois dans l’ombre et qui pourtant rendent les collections possibles par leur travail. L’esprit d’équipe, l’échange d’idées, trouver l’équilibre entre créativité et contraintes de réalisation. Il faut s’adapter à son interlocuteur selon son corps de métier et cette flexibilité, en plus d’être est un très bon exercice est humainement enrichissante.

Où vous voyez-vous dans 10 ans ?

J’aimerais pour le moment continuer à explorer la palette des possibilités créatives qui existent dans le design d’accessoires. J’aime l’idée de mettre ma personnalité et mon imagination au service d’une maison au fort ADN. Cela donne un cadre et une fois que les contraintes sont apprivoisées, la créativité n’en est que stimulée. La direction artistique est un domaine fascina


CÉLINE ALEXIS BUEHRER

Céline Alexis Buehrer
Bachelor en Design Mode 2009
Actuellement: Senior menswear designer pour les pré-collections et les outlet collections, Coach, New York

Votre projet de fin d’étude portait sur quoi?

Une collection homme avec pour thème, les freaks, le cirque

Après votre diplôme, vous souhaitiez intégrer quel genre de maison ?

Entre deux années d’école, j’avais fait un stage en haute-couture, chez Anne Valérie Hash. J’avais bien aimé mais je me sentais plus proche de la rue. J’aimais l’esthétique de Surface to wear Paris, et j’ai pu y entrer. C’était une marque mixte mais je travaillais pour l’homme.

Combien de temps avez-vous mis après la HEAD pour trouver votre emploi ?

J’ai fait beaucoup de stages puis suis entrée en free-lance chez Surface to wear Paris en 2011. En 2014, j’ai suivi mon copain à New York et en novembre suis entrée chez Coach.

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots à quoi ressemblent vos journées ?

Je m’occupe de deux collections très différentes qui se superposent dans le temps donc cela entraîne beaucoup de rendez-vous, de réunions les Américains adorent ça, des meetings avec mon assistant, la rédaction de fiches techniques, différents travaux artistiques pour les motifs des t-shirts et bien sûr répondre aux urgences du jour.

Qu’est-ce qui vous plait le plus?

Dessiner et avoir un produit à la fin. Créer un objet concret qui sera vendu. J’aime aussi l’esprit et le travail de groupe, la camaraderie, on a tous un but commun. C’est très différent de l’école où l’on avance seule dans son coin.

Où vous voyez-vous dans 10 ans ?

Je ne sais pas si je ferai encore de la mode. Je m’imagine être plus dans le design avec des installations. J’aimerais trouver un moyen de faire ce que j’aime de manière moins éreintante. Reprendre peut-être ma marque de bijoux qui s’est endormie depuis longtemps…