25. May 2018

TEXT VON

Ana Simoes

Laetitia Dosch rejoue Hate à Vidy

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Après avoir marqué les esprits dans «Jeune femme», la comédienne franco-suisse est à Lausanne dès le 5 juin pour dialoguer avec un cheval sur la scène de Vidy. Bolero a le plaisir de vous faire gagner 5 invitations pour deux personnes à la date de votre choix*. Participez!

Ce film parle d’amour. Or sans amour, on ne pourrait sans doute pas admirer Lætitia Dosch au cinéma aujourd’hui. Elle travaillerait peut-être dans une librairie et lirait des poèmes de William Blake: «To see a world in a grain of sand, and a heaven in a wild flower, hold infinity in the palm of your hand, and eternity in an hour.» Ou quelque chose d’approchant. Pour comprendre ces vers, l’actrice a étudié la littérature, puis fréquenté des écoles de théâtre privées à Paris. Un jour, dans la rue, la jolie rousse croise le chemin d’un comédien. Elle le suit en Suisse. Elle a 17 ans, elle est tout feu tout flamme. Il l’emmène à la toute nouvelle haute école des arts de la scène, la Manufacture de Lausanne. Au sujet de laquelle Lætitia Dosch ne tarit pas d’éloges. Il n’y a pas de règles, tout est en chantier, on discute avec les profs, on boit beaucoup, on se met à poil, on se provoque, on s’écharpe. C’est ainsi que la comédienne se remémore cette époque. Sauvage, libre et pleine d’amour. Son histoire d’amour à elle, avec le comédien, ne dure pas. Ça n’aurait pas pu fonctionner. En revanche, ses sentiments pour la comédie sont durables. Ils font de cette Française aux racines suisses une des actrices les plus captivantes de notre pays. Qu’elle décrit comme sa deuxième patrie. Ses ancêtres étaient originaires d’un village grison dont le cimetière est plein de Dosch, dit-elle. Avant-goût de son sens de l’humour. L’actrice possède un pied-à-terre à Lausanne, le reste du temps elle vit à Paris. Des cheveux roux et des yeux clairs qui semblent poser des questions ou lancer des éclairs. Pas facile de classer cette énergumène de 37  ans. Les tiroirs sont trop étriqués. De toute façon, elle reste une inconnue pour la plupart des gens. C’est qu’elle n’a pas encore vraiment réussi à percer.

Lætitia Dosch a vécu une enfance solitaire. Son père est plombier, sa mère travaille dans les ressources humaines. «A 15  ans, j’ai arrêté de parler. Trois ans. Dans ma famille, les choses n’étaient plus dicibles», raconte Lætitia Dosch dans une interview. Elle se réfugie dans les livres des sœurs Brontë et de John Irving. Toujours au bord de la crise de nerfs, elle passe sa jeunesse devant la télévision. Regarde Johnny Depp mener l’enquête en civil dans 21 Jump Street. Est séduite par les films de Jim Jarmush, John Waters et Tim Burton. C’est de cette mosaïque de libres penseurs qu’est issue la vision du monde de Lætitia Dosch. Son humour est souvent si mordant qu’il effarouche. Un peu déjanté, dénué de la crainte de heurter. Pourtant elle est prudente, pourrait passer pour froide. S’il n’y avait ces explosions tel un volcan. Elle dit préférer le silence au bavardage. Et essaie de comprendre les gens sans se gargariser de grands mots. Après sa formation à Paris et à Lausanne, Lætitia Dosch a joué dans plusieurs films et au théâtre. Dans des pièces de Shakespeare et des groupes expérimentaux. Elle a développé ses propres spectacles, comme le one woman show Lætitia fait péter, et celui inspiré par l’humoriste suisse Zouc, Un album, qu’elle a présenté dans le monde entier. «J’ai toujours été critiquée pour ma personnalité atypique», expliquait l’actrice dans une interview à Première. Lætitia Dosch, en robe de soie Schiaparelli, est visiblement stupéfaite, lorsqu’elle est nommée aux césars du meilleur espoir pour Jeune femme, de Léonor Serraille.

La tête cognée contre une porte. C’est ainsi que commence le film qui a remporté la Caméra d’or à Cannes en 2017. Lætitia Dosch y incarne l’héroïne de manière si convaincante qu’on ne sait pas où s’arrête Paula et où commence Lætitia. Elle crève l’écran dans cette tragicomédie, elle exhibe ses tripes sans que l’on voie le travail. Son jeu est énergique et naïf à la fois, drôle et insolent. «Paula explose les limites de ce qu’on attend d’une femme», convient encore Lætitia Dosch dans Première. L’actrice s’est préparée pour ce rôle en se mettant dans la peau du personnage: «J’ai accosté des gens en agissant comme si j’étais Paula, en les regardant et en leur parlant d’une façon définie. Je me suis également demandé comment je marcherais si j’étais seule dans Paris, ce que je remarquerais… Ça m’a apporté plein de réponses à des questions que je me posais sur le personnage, notamment son instinct de survie, presque animal.»

Lorsque Lætitia Dosch est sur scène, on note la même absence de complexes et la même soif d’absolu. Le Théâtre de Vidy, à Lausanne, présentera en juin sa pièce Hate. Elle y sera sur scène avec un cheval appelé Fantoche. La comédienne lui lit des extraits de son journal intime. Les deux se provoquent, s’ignorent, se parlent. Il est question de la relation entre l’homme et l’animal. Ce sera dérangeant et étonnant. Mais vaudra sans aucun doute le détour.

Peut-être que la comédienne ne percera pas non plus cette fois. Et qu’elle restera connue des seuls initiés. Ce qui serait dommage. Lætitia Dosch elle-même avoue ne pas trop se soucier de plaire. N’est-ce pas hors des radars qu’on peut faire les cabrioles les plus folles?

 

J’ai toujours été critiquée pour

ma personnalité atypique.

Lætitia Dosch, actrice

«Hate», du 5 au 9 juin, Théâtre de Vidy, Lausanne.
Rencontre avec l’équipe du spectacle le 7  juin.

*Date limite de participation: 31 mai 2018