08. Mar 2018

TEXT VON

Estelle Lucien

FOTOGRAFIEN VON

Mathilda Olmi

Mathieu Bertholet: luxe, calme et volonté

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L’auteur valaisan est actuellement à l’affiche du Théâtre de Vidy, avec une nouvelle création Luxe, calme. La pièce va tourner en Suisse romande. Bolero l’a rencontré alors qu’il mettait les dernières touches à cette pièce qui explore deux particularismes helvètes: le suicide assisté et l’hôtellerie de luxe. 

Pour lutter contre la procrastination, Mathieu Bertholet s’est résigné à engager une femme de ménage. «Parce que pour écrire, j’avais besoin que tout soit rangé et en ordre. Je passais beaucoup de temps à faire le ménage.» Or, en ce début d’année, il y a urgence. Les comédiens attendent leur texte. Luxe, calme, la nouvelle création de l’auteur de théâtre, est inscrite au programme de la Co médie de Genève et du Théâtre de Vidy à Lausanne, notamment. Pour tenir les délais, Mathieu Bertholet s’est imposé une discipline de moine: debout à 4 heures du matin, il écrit plusieurs heures avant de rejoindre la rue du Cheval-Blanc, au cœur de la Vieille-Ville genevoise, où il revêt son costume de directeur du théâtre Poche/Gve. Il y entame sa troisième saison. Enthousiaste, énergique, loquace, curieux et volontaire, le Valaisan avoue qu’il avait pourtant sous- estimé la tâche. «Lorsqu’on est directeur, on est responsable de tout. Si le vin servi au bar est mauvais, c’est de votre faute», relève-t-il. Désormais, le garçon aux faux airs d’Antonio Banderas semble avoir fini d’essuyer les planches, il peut y remettre un pied en tant qu’auteur. Luxe, calme trotte dans sa tête depuis bien longtemps. S’inspirant d’une nouvelle de Marguerite Yourcenar, Le premier soir, Mathieu Bertholet y traite de l’hôtellerie de luxe et d’euthanasie. C’est-à-dire? «Si aujourd’hui le sujet reste dans un ou artistique, la question du suicide assisté va se poser de plus en plus dans un contexte de gestion des coûts de la santé. J’imagine que des assurances maladie pourraient proposer des primes plus basses si l’on accepte ou pas des soins palliatifs», explique-t-il. Voici pour le calme. Et le luxe dans tout ça? «Le déclencheur de cette pièce a aussi été le déclin de l’hôtellerie de luxe suisse.» Ainsi Mathieu Bertholet lie-t-il deux thèmes et imagine une Suisse où l’on vient s’éteindre dans ses cinq-étoiles. «Nabokov est mort à l’hôtel», rappelle-t-il. Dans la suite 60 du Montreux Palace. La Riviera vaudoise comme berceau du romantisme est également à l’origine du projet de l’auteur, qui s’est laissé gagner par l’ambiance paisible et éteinte de ces établissements qu’il a surtout visités à la bien nommée morte-saison.


©Lea Kloos
©Lea Kloos

«Le déclencheur de cette pièce a aussi été le déclin de l’hôtellerie

de luxe suisse»

Mathieu Bertholet est né en 1977 à Saillon. La passion du théâtre lui vient enfant, vers 7 ans. Son père est acteur amateur et tient un rôle important dans Farinet. «C’était le premier grand spectacle de plein air en Suisse dans les années 80. C’était du jamais vu, complet tout le temps», se souvient-il. Il y prend part en tant que figurant et se plaît dans cette grande famille de la scène. «On passait la moitié du temps en coulisses à manger des gâteaux que les vieilles dames nous avaient faits.» L’expérience le marque. Une matu en poche pour faire plaisir à papa-maman, il part à Berlin et se forme à l’écriture contemporaine. Les prix, les bourses, les résidences se succèdent, de Los Angeles à Genève. A 30 ans, il entre dans la danse, au sens propre. Chaperonné par des cracks de la discipline en Suisse: Frédéric Gafner, alias Foofwa d’Imobilité, et Cindy Van Acker. L’un et l’autre lui écrivent des solos. En 2007, il fonde la compagnie MultiFunktions Theater, ou MuFuThe.

Il est l’auteur d’une demi-douzaine de pièces, et conserve ici et là, disséminés dans son appartement, des indices, comme ces deux escarpins vernis sur un radiateur. «Les chaussures de Rosa Luxemburg», nous renseigne-t-il. Les destinées hors norme du XXe siècle ont inspiré à Mathieu Bertholet plusieurs créations: Clara Immerwahr (1870-1915), chimiste allemande, Klaus Mann (1906-1949), écrivain comme son père Thomas Mann, et même Pier Paolo Pasolini (1922-1975). Et puis il y a Derborence, dont l’affiche prend à elle seule presque un mur de son salon. «C’était fou!» se souvient-il. En 2014, Mathieu Bertholet adapte le chef- d’œuvre de Ramuz, dont quelques représentations sont prévues in situ, dans le décor naturel du drame. «En plein mois d’août, on a dû déneiger les gradins, les acteurs ont joué en doudoune.» Mais il en faut plus pour dé-stabiliser ce défenseur d’un théâtre du mouvement, décloisonné et multidisciplinaire, où le langage du corps précède celui des mots. Luxe, calme n’échappera pas au style Bertholet, qui s’invite parfois sur scène en pleine représentation, pour corriger ceci ou préciser cela. C’est là une forme de volupté.

«Luxe, calme»

Du 8 au 18 mars, Théâtre de Vidy (Lausanne).

Du 22 au 25 mars, Théâtre Populaire Romand (La Chaux-de-Fonds).

Du 10 au 15 avril, Comédie de Genève.