12. Feb 2018

TEXT VON

Francesca Serra

FOTOGRAFIEN VON

Ibra Ake

Moses Sumney, ovni de la néo-soul

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Dans Aromanticism , le Californien Moses Sumney nous fait léviter avec sa soul céleste.

Dédier un album à l’absence de romantisme est un parti pris insolite qui nous fait tout de suite penser au mythique morceau new wave This Is Not a Love Song de Public Image Limited. Avec Aromanticism, Moses Sumney, tout de noir vêtu, désacralise en effet l’amour avec un grand A. Né aux Etats-Unis de parents ghanéens, l’artiste questionne l’idéal du couple tenu pour être l’alpha et l’oméga de l’existence humaine, mais le résultat s’avère beaucoup moins sombre que ce que ces questions existentielles pourraient présager.

Pour construire ses paysages sonores, Sumney mélange electro-soul et folk minimal-baroque. Sa voix cristalline évolue volontiers vers un falsetto frémissant qui porte, presque à lui tout seul, la magnitude émotionnelle de cet opus. Ses progressions harmoniques font parfois penser au jazz brésilien de Gilberto Gil ou de Milton Nascimento, mais ce qui est omniprésent, c’est l’élément atmosphérique vous faisant flotter du premier au dernier morceau.

Du haut de ses 27 ans, l’artiste avait déjà sorti deux EP qui lui avaient assuré une certaine notoriété et ouvert la voie à une longue série de collaborations prestigieuses. Il a notamment joué en première partie pour les tours d’éminents artistes comme James Blake, José González, Yeah Yeah Yeahs ou le prophète de la nouvelle scène indie américaine, Sufjan Stevens. Non seulement Aromanticism représente l’aboutissement de trois années intenses, mais grâce à l’expérience de scène de son auteur, il promet d’être également un grand moment live.

Personne ne te parle comme le vide sait te parler

Parmi ses onze morceaux, à la fois chaleureux et mystiques, le groove infaillible Quarrel relate l’impossibilité d’une relation entre deux amants d’extractions différentes. «Personne ne te parle comme le vide sait te parler», profère l’hymne à la solitude qu’est Lonely World alors que le fantôme d’Arthur Russell rôde dans Self-Help Tape grâce aux échos et aux stratifications délicates. Portés par les délicieux aigus de Doomed, nous sommes transportés dans une autre dimension et, de là-haut, il devient évident que cet album évoque plus la rédemption que l’isolement. Un album méditatif et sensuel en somme, parfait pour sombrer amoureux.

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