11. Dec 2018

TEXT VON

Estelle Lucien

Musique: La nostalgie fantastique de WRWTFWW

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Avec ses rééditions disparates, le label suisse We Release Whatever The Fuck We Want s’attelle à exhumer des raretés. Avec rigueur et humour. 

Olivier (à droite) et Stéphane (à gauche)
Du lo-fi kitsch au conceptuel-expérimental, ils produisent exclusivement des vinyles collectors.

WRWTFWW a été fondé par les Genevois Olivier Ducret et Stéphane Armleder, déjà DJ et patrons respectivement des labels Mental Groove et Villa Magica. Si les deux acolytes naviguent depuis longtemps dans la musique, témoignant d’un penchant l’un pour l’électro l’autre pour le hip-hop, le nom plutôt racoleur de label annonce d’emblée qu’il n’y aura pas de fil conducteur, évoluant au gré de leurs coups de coeur, du kitsch au conceptuel, de la musique contemporaine au hip-hop des plus lascif. 

Dans leur odyssée musicale, on retrouve beaucoup de bandes-sons originales de films plus ou (surtout) moins connus. Parmi les airs plus célèbres figurent le manga culte Ghost in the Shell et Qui êtes-vous, Polly Maggoo?, critique déjantée et décousue de la télé et de la mode. Mais leur deuxième degré décomplexé fait aussi place au filon épouvante ou encore érotique, si on prend la B. O. disco et synthpop du film La France interdite, une édition qui avait permis au label de faire un début très remarqué en 2013.

Ces fouilles musicales relèvent souvent du rocambolesque. «Psychos in Love est une comédie romantique d’horreur à budget microscopique datant de 1987 racontant l’histoire absurde d’un couple qui adore les meurtres et déteste les raisins! Sans aucune source sonore de qualité à disposition, nous avons tiré l’audio d’un cassette VHS et décidé de créer un disque low-budget, à l’image du film, avec une pochette photocopiée intitulée Love Hurts et un vinyle parfumé au raisin», nous raconte Stéphane.

KI-MOTION
Pendant sa brève existence, le trio japonais Mkwaju n’a produit que deux albums
en 1981, dont celui-ci.

Le label produit également des rééditions japonaises, comme celles dédiées à la percussionniste pionnière Midori Takada. Les éminences suisses ne manquent pas comme le magicien de synthétiseurs Bruno Spoerri avec un répertoire varié, entre concert improvisé et mandats pour la télévision, composé entre 1971 et 1998. Tout d’abord l’année démarrera avec la sortie de L’univers de la mer. «C’est un album très rare de prog-rock électronique datant de 1978 avec une pochette hypnotisante signée par l’artiste surréaliste Jacques Wyrs, précise Stéphane. Une aventure auditive sensuelle et aquatique jouée sur des synthétiseurs d’époque.»