18. Jul 2018

TEXT VON

Francesca Serra

FOTOGRAFIEN VON

Guillaume Megevand

MUSIQUE: le flow zélé de Rootwords

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Armé de son verbe lucide, Rootwords déverse son rap dans un nouvel album éclectique. Cet été est aussi l’occasion de le découvrir en concert en Suisse romande.

Né dans le Connecticut de parents zambiens, il a fait ses études supérieures en Angleterre, mais c’est en Suisse que Rootwords a passé la plus grande partie de sa vie. C’est ce destin cosmopolite qui l’a rendu conscient de son individualité, car perpétuellement confronté à des cultures différentes, sans pouvoir complètement appartenir à l’une d’entre elles. Calme et souriant, Rootwords est l’ami que nous voudrions tous avoir. Cette bienveillance dotée d’un esprit critique habite toute sa production musicale, la situant aux antipodes de la véhémence «egotrippée» du gangsta rap qui a pourtant nourri son adolescence. «Si j’ai été bercé par des classiques comme Mos Def, Wu-Tang Clan et Snoop Doog, c’est Eminem qui a, le premier, produit un déclic chez moi avec ses jeux de mots et métaphores. En vivant en Suisse, je n’aurais jamais pu raconter les mêmes choses que ces rappeurs, ma façon de travailler vise à être la plus authentique.» Ce n’est donc pas étonnant de constater qu’il n’utilise pas d’Auto-Tune, effet vocal tristement omniprésent dans les productions contemporaines, inventé pour corriger les imperfections de la voix mais devenu un effet de style entraînant une standardisation des morceaux. 


Rootwords compose et se produit en live avec le batteur Benjamin Riggi, le claviériste Julien Boss, le bassiste Stan Breyneart, l’ingénieur du son Nicolas Duboux et son light man Vernon Pace.

Depuis ses débuts Rootwords est resté fidèle à son clan, son groupe The Black Notes au sein du label Kinyama. «Chacun des musiciens a un background différent. Il n’y a pas de limites, s’enthousiasme-t-il. La composition de Warning Signs s’est faite d’une façon très organique. Certains morceaux sont nés sous l’impulsion du bassiste, d’autres déclenchés par un beat décalé du batteur.» Le résultat est un album tonifiant qui saisit par ses contrastes. Avec ses accents électros, l’opus Warning Signs nous transporte d’un début tout en suspension avec le titre éponyme jusqu’à Blue Sapphire, qui nous surprend avec un petit clin d’œil au tube reggae Ring The Alarm de Tenor Saw. Parmi les 13 titres entraînants, les pics d’extase sont indubitablement produits par le punch irrésistible de Back Off Me et de Wamfwa. Try not to bounce!

Le 10 août à Musique en Eté (Genève), le 11 août au Festival Hors Tribu (Môtiers) et le 21 septembre aux Caves du Manoir (Martigny).