01. Oct 2018

TEXT VON

Melissa Kilickaya

FOTOGRAFIEN VON

Severin Jakob

Rétrospective Christa de Carouge

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Du 4 octobre au 16 décembre, le Musée de Carouge consacre une grande exposition à l’architecte du vêtement, disparue récemment.

La créatrice a beaucoup exploré les matières.

Le Musée de Carouge bouleverse sa programmation de fin d’année pour offrir au public une rétrospective sur une figure majeure de la mode suisse, Christa de Carouge. Mise sur pied moins d’un an après son décès, l’exposition emmène le visiteur à la rencontre de la styliste qui a fait sensation dès les années 80 et rend hommage à celle qui a permis à la cité sarde de rayonner bien au-delà des frontières helvétiques. «Nous souhaitons faire connaître cette artiste qui a tant apporté à la ville de Carouge et souligner l’importance et l’originalité de cette personnalité suisse», nous confie Klara Tuszynski, co-commissaire de l’exposition. Cette dernière a rencontré à plusieurs reprises Christa de Carouge lors de ses nombreux passages en terres genevoises. Elle évoque une personne généreuse et solaire.

Christa de Carouge naît Christa Furrer en 1936, d’une mère couturière et d’un père cuisinier. Dès son plus jeune âge, elle fréquente les musées et apprend de son père le plaisir des bonnes choses. «Il organisait des buffets froids qui se voulaient très artistiques», reprend Klara. Elle passe son enfance à Zurich, où elle découvre le graphisme, qui sera son premier métier, les lignes pures, le Bauhaus et Le Corbusier, qui nourrissent sa création. Familiarisée à la mode par sa grand-mère couturière et son grand-père tisserand, ce n’est que plus tard qu’elle investit le monde de la couture, quand elle s’installe à Genève pour travailler dans la boutique de son mari. Après son divorce, elle ouvre sa propre arcade en 1978 au cœur de Carouge… et en profite pour demander au maire de l’époque si elle peut prendre le nom «de Carouge» et ainsi remplacer Furrer, trop assimilé au führer.


Les dessins de Christa de Carouge réalisés à l’encre de Chine.
Musée de Carouge

Eloignée de l’aspect mondain et éphémère de la mode, elle se considère plutôt comme une architecte (ou sculptrice) du vêtement. Elle élabore ses défilés comme des performances où ses vêtements sont des installations. C’est ainsi qu’elle a forgé le style Christa de Carouge: des formes géométriques, des lignes épurées, de multiples couches superposées, principalement noires. «Le noir, c’est la plus belle des couleurs. Elle représente l’élégance, la sobriété et la neutralité», déclarait-elle à la caméra de Christophe M. Saber. Elle invente le concept d’habit-maison. «Christa considérait le vêtement comme une maison à laquelle on transmet sa personnalité. Comme une maison dans laquelle on pénètre. Il se devait d’être pratique, confortable, intemporel. Ses vêtements étaient transformables, réversibles. Un manteau pouvait devenir un sac de couchage», explique Klara Tuszynski.

Ses multiples voyages au Japon ont constitué ses principales sources d’inspiration esthétiques et spirituelles. Elle réalise alors des kimonos ou des tenues ressemblant à celles des moines tibétains. Christa de Carouge s’est inscrite dans la mouvance minimaliste de Japonais tels Issey Miyake, Yohji Yamamoto ou Rei Kawakubo de Comme des Garçons.

L’influence d’Issey Miyake est visible dans cette texture.

On découvre aussi que Christa de Carouge ne se limitait pas strictement au noir. Elle a été influencée par les couleurs du Moyen-Orient, celles des épices par exemple, ou encore celles de l’Asie, le safran ou le rouge des moines bouddhistes. «Elle réalisait parfois des pièces hautes en couleur pour certaines de ses clientes», se souvient Klara Tuszynski.

Le vestiaire d’une ancienne cliente, prêté par le Musée d’art et d’histoire de Genève, est présenté au public en regard des tenues principalement noires de la troisième salle du musée. Plus tôt figurent également des échantillons de tissus: du crêpe de Chine, du feutre, de la soie, des matières synthétiques. C’est là qu’est aussi recréé l’univers d’un atelier de couture, avec des dessins et croquis, reconnaissables grâce à la ligne brute du feutre de l’artiste. La première salle est consacrée à la biographie de Christa, à des photos et à de multiples témoignages de personnes l’ayant côtoyée. Dans la dernière salle, on peut notamment regarder un reportage relatant le dernier défilé en 2013, qui a marqué la fin de sa carrière en tant que styliste et le début de sa relève assurée par une de ses anciennes couturières, De Niz. Depuis 2015, cette dernière est la seule à pouvoir faire du Christa de Carouge. En 2004, la styliste aux lunettes rondes quitte le charme léger de la Romandie, comme elle aimait la décrire, et emménage à Zurich. Pendulaire jusqu’alors entre les deux cités suisses, elle dira qu’elle est une «nomade urbaine». «Elle tenait à nous rendre visite depuis Zurich dans le cadre des expositions auxquelles elle participait, toujours accompagnée de son chien – noir, bien sûr – Sushi. Elle avait une certaine aura autour d’elle», évoque avec émotion Klara Tuszynski. Christa de Carouge appréhendait la couture comme un jeu, dont elle seule parvenait à maîtriser les règles avec brio.

Christa de Carouge chez elle, à Zurich, avec son chien Sushi.
©Severin Jakob

 

Visites guidées les 17 octobre et 14 novembre à 18h par les co-commissaires, Géraldine Glas et Klara Tuszynski.
Les 7 novembre et 5 décembre, atelier pour enfants, animé par l’Atelier Nolita (Vanessa Riera et Elena Sideri). 

 

Du 4 octobre au 16 décembre au Musée de Carouge,
place de Sardaigne 2.
Plus d’informations sur: www.carouge.ch/musee