07. Oct 2015

TEXT VON

Bolero

FOTOGRAFIEN VON

Pedro Guimares

UN SECRET BIEN GARDÉ

  • Share

Galerie

UN SECRET BIEN GARDÉ

Au Portugal, dans le paradis naturel de Comporta, l’été joue les prolongations comme nulle part ailleurs. Ses kilomètres de plage et ses cabanes de pêcheurs revisitées ont conservé leur caractère confidentiel.

Les dauphins sont de fidèles compagnons de route du bac vert qui, toutes les heures, quitte Setúbal, situé à une heure à peine au sud de Lisbonne, et traverse paisiblement la réserve naturelle de l’estuaire du fleuve Sado en direction de Comporta. Il faut moins de vingt minutes pour atteindre la presqu’île de Tróia, une langue de sable de 60 kilomètres de long, entourée des eaux bleu profond de l’Atlantique. A la pointe nord, on aperçoit quelques gratte-ciel. «C’est comme à Dubaï», dit la jolie serveuse du Restaurante Central, sis Largo de São João, à Comporta. Plus tard, elle encaissera 1,40 euro pour deux expressos et avouera, un brin confuse, qu’elle n’est naturellement jamais allée à Dubaï. Mais comparé à son lieu de travail idyllique, le complexe hôtelier construit à une certaine distance peut bien lui apparaître comme une mégalopole.

«Pour rire, nous appelons le Largo de São João le «downtown de Comporta», explique, amusé, Marcello Rangoni, le charmant géant brésilien qui tient le magasin A Loja do Museu do Arroz, proposant un mélange éclectique de porcelaines de designers portugais, de tongs multicolores du Sénégal et de vêtements pour les surfeurs de la marque Osklen. Devant sa porte se croisent quelques rues où les voitures sont rares, une banque et un kiosque à journaux étonnamment bien fourni, couvrant les premiers besoins des vacanciers. Juste à côté, l’espace lumineux du magasin Côté Sud attire toutes celles qui souhaitent rafraîchir leur tenue de plage par un bikini brésilien Lenny Niemeyer et un paréo assorti. Dans les rayons, on trouve également des coussins ikat de chez Madeline Weinrib, à New York, et des écharpes de coton délicatement imprimées de l’enseigne hambourgeoise Leonie Sens. Quelques mètres plus loin, dans la vitrine de Lavanda, sont suspendus des caftans brodés et de petites robes hippies en batik. Au Minimercado de la Rua do Comércio, on peut acheter des vins de Porto et du Douro, du fromage de l’Alentejo, des boîtes de sardines rétros, mais aussi du champagne et du foie gras. Le village ne compte pas grand-chose de plus, et les habitants espèrent que cela restera ainsi.

Il y a trois cents ans, Comporta était une colonie pénitentiaire; plus tard, des pêcheurs et des planteurs de riz s’installèrent dans le delta marécageux du Sado. Ils construisirent de modestes cabanes avec de la paille, de la terre glaise et du bois de pin et vivaient de l’agriculture et des délices qu’ils allaient pêcher en mer avec leurs barques de bois colorées. Comporta est toujours isolé aujourd’hui, bien que le modeste hameau endormi, avec ses maisons badigeonnées de blanc et leurs cadres de portes et de fenêtres bleu cobalt, ne se trouve qu’à 120 kilomètres au sud de Lisbonne. Lorsqu’on parle de Comporta, toutefois, on évoque souvent autre chose, à savoir la Herdade da Comporta, un morceau de terre de 12 500 hectares au bord de la mer, avec des champs de riz à perte de vue, de hautes dunes de sable, de denses forêts de pins, des vignes et près de 3600 habitants se répartissant dans sept villages minuscules: Pêgo, Carvalhal, Brejos, Torre, Possanco, Carrasqueira et Comporta, justement. La Herdade a toujours été strictement protégée, non seulement parce qu’elle fait partie de la réserve naturelle nationale de l’estuaire du Sado, mais aussi parce qu’elle a appartenu, pendant des décennies, à la famille de banquiers Espirito Santo, qui n’avait aucun intérêt à faire de cette bande côtière enchantée une nouvelle Algarve.

«Mon grand-père Manuel Espirito Santo a acquis cette terre en 1955 avec quelques autres membres de la famille», raconte Tiago Brito E Cunha, propriétaire du chic restaurant Sal, sur la plage de Pêgo. «Enfant, j’ai passé toutes mes vacances ici. Je suis très attaché à la région.» Rien d’étonnant à cela. Une contrée sauvage aussi préservée au bord de la mer est certainement unique en Europe méridionale. Même au mois d’août, de larges tronçons de la plage dorée de douze kilomètres de long sont presque vides. On s’y baigne jusqu’à la fin octobre, en y cherchant l’ombre à midi. Juste derrière les plages, des hérons aux longues pattes se promènent dans les champs de riz et des cigognes nichent sur des pylônes électriques et des cheminées. Des tomates et du raisin mûris par le soleil se vendent au bord de la route; au port, des pêcheurs indigènes proposent leurs huîtres pour 4 euros le kilo. Rien ou presque ne semble avoir changé ici en un demi-siècle, mais les apparences sont trompeuses.

Outre des Lisboètes aisés, plusieurs célébrités étrangères ont découvert le charme brut et la simplicité de la vie sur la côte de Comporta. Le décorateur français Jacques Grange, l’ancien mannequin Farida Khelfa, les artistes Anselm Kiefer et Jason Martin ainsi que le pape de la chaussure Christian Louboutin possèdent des maisons dans ce vaste paysage de dunes. Sofia Coppola a été aperçue faisant du shopping au centre-ville, Charlotte Casiraghi prenant un bain de mer, le couple Sarkozy-Bruni se promenant sur la plage et Kristin Scott Thomas déjeunant à la Praia do Pêgo. Les chanceux qui dégottent une place en terrasse à midi y profitent d’une atmosphère souriante, assis à une table de bois blanc, devant un loup de mer parfaitement grillé et un pichet de sangria à base de vin blanc, avec du pamplemousse rose, des baies fraîches et du basilic. Le soir, on se retrouve dans des bistrots sans prétention, comme O Dinis ou Dona Bia, pour y déguster des sardines grillées, des boulettes de morue frites, des moules étuvées au jus aillé en buvant une bière Sagres bien fraîche. Ou l’on se rend au Museo do Arroz, situé sur la route entre Comporta et Tróia. Le restaurant, qui arbore ouvertement et avec savoir-faire un style décontracté, possède un bar lounge et une terrasse avec vue sur les champs de riz. Il occupe un ancien moulin de décorticage du riz et est désormais considéré comme «the place to be». Ses propriétaires, Isabel et Tozé Carvalho, prolongent souvent la soirée jusque tard dans la nuit avec leurs hôtes et parfois même, lorsque Mario Testino ou Patrick Cox sont de la partie, jusqu’au petit matin.

Lentement et avec beaucoup de précaution, les structures ont été créées qui permettent également aux visiteurs étrangers de passer des vacances à Comporta. «La Herdade restera toujours une exploitation agricole, explique Tiago Brito E Cunha, mais nous avons tant d’espace que rien ne nous empêche d’en utiliser une petite partie pour le tourisme.» Au printemps de l’année dernière, Gonçalo Pessoa, pilote de TAP Portugal, a ouvert l’hôtel Sublime, discrètement construit entre les chênes-lièges et les pins parasols et proposant quatorze chambres et suites. D’ici à l’été prochain, le bâtiment principal, au centre de Comporta – une somptueuse maison de maître de 1926 jouxtant l’église du village, dans la cour de laquelle fleurissent des hortensias à hauteur d’homme et des bougainvillées luxuriantes –, sera transformé en bed and breakfast de luxe. Jusque-là, les chambres étaient réservées aux convives privés de la famille Espirito Santo. Et dans le village de Carvalhal, où Jacques Grange possède un magasin et où de vieux villageois sont assis sur des chaises en plastique le long de la rue principale et sirotent leur café comme autrefois, on prévoit de construire un hôtel-boutique.

Mais en réalité, les hôtels sont ici superflus. Car ceux qui veulent vraiment adopter le style de vie détendu et le rythme indolent de Comporta y loueront une maison. Certaines des anciennes cabanes de pêcheurs ont été rénovées et d’autres cabanes, dans le style traditionnel, ont vu le jour. La région de Brejos offre un illustre voisinage, car le clan Espirito Santo possède ici plusieurs résidences. La décoratrice d’intérieur Vera Iachia appartient à la famille: il y a vingt ans déjà, elle a commencé à transformer les vestiges de certaines cabanes en lieux de villégiature pour le week-end. C’est à son goût que l’on doit les bâtiments sobres ornés de toits de roseau, de parois en bambou, en bois et en roseau, de sols en béton poli bleus comme la mer et les grandes terrasses agrémentées de lits accueillants pour la sieste. On reconnaît encore les anciennes cabanes de pêcheurs, mais on y profite à présent du plus grand confort: «Je voulais associer l’art de vivre d’ici, modeste, aux agréments de la modernité», explique Vera Iachia, qui travaille toujours avec des matériaux et des artisans de la région et a contribué à l’aménagement de nombreuses maisons de vacances à Comporta. Elle rit à gorge déployée de la comparaison effectuée par la jolie serveuse du Restaurante Central: «Tout ce qui se construit dans la Herdade doit être intégré de manière presque invisible aux dunes et aux forêts de pins. Comporta ne ressemblera donc jamais à Dubaï, c’est tout à fait certain.»

VOYAGER

Swiss propose des vols réguliers de Genève à destination de Lisbonne, swiss.com. Louer une voiture à Lisbonne
se révélera très utile pour sillonner la Herdade da Comporta.

Sublime Comporta Nouvel hôtel au style maison de campagne. Quatorze chambres et suites, deux piscines et un beau restaurant. Chambre double
à partir de 212 fr. sublimecomporta.pt

Nômade Auberge Rurale Six appartements joliment décorés dans une maison d’hôte construite en balles de paille, terre glaise et calcaire. Une piscine naturelle est à disposition. Menu dégustation proposé deux fois par semaine. A partir de 87 fr. nomadeauberge.com

Casas Na Areia Trois cottages pour huit personnes en tout, aménagés avec des sofas Gervasoni et des rideaux de mousseline. Le sol des salles de séjour est recouvert de sable. Une piscine est à disposition. A partir de 271 fr. casasnaareia.com

maisons de vacances Tina Kron, une Allemande, propose un bon choix de maisons à louer. Dès l’été 2016, elle louera également sa propre maison, flambant neuve, sur la plage
de Carvalhal. Tél. +351 968 25 98 44. tina@loewenrose.de

MANGER

Sal Le loup de mer grillé y est un enchantement, tout comme la vue illimitée sur la plage de Pêgo. restaurantesal.pt

Museu do Arroz Isabel et Tozé Carvalho sont les propriétaires du restaurant le plus tendance de Comporta. On y vient pour sa cuisine de la mer, mais plus encore pour son ambiance festive. restaurantemuseudoarroz.com

Ilha do Arroz Buvette décontractée appartenant au Museo do Arroz et située sur la belle plage de Comporta. On y déguste des plats de la région à l’ombre de parasols rouge cerise. Tél. +351 265 49 05 10.

O Dinis Cette cabane toute simple sur la plage de Carvalhal appartient à un pêcheur. Le plat le plus prisé de la carte, la pêche du jour, se sert avec une tombée d’huile d’olive et quelques gouttes
de jus de citron. Tél. +351 265 49 70 23.

Marisqueira O Tobias Une institution culinaire depuis plus de quarante ans à Carvalhal. On y sert ce qui pourrait bien être la meilleure paella de la Herdade. Tél. +351 265 49 02 36.

ACHETER

Alegria Ce magasin, situé dans la rue principale de Carvalhal, vend
des objets manufacturés au Portugal. Av. 18 de Dezembro 13.

Space & Art Showroom de Vera Iachia à Carvalhal, dans lequel on peut également acheter des meubles et des objets de décoration au style typique de Comporta. veraiachia.com

Côté Sud Vêtements de plage chic, serviettes de bain, sacs, sandales… Tout ce dont on a besoin pour parader à la plage ou en soirée. Tél. +351 265 49 73 17.

Lavanda Du chic bohème pour votre maison et votre garde-robe. Dans l’ancienne boulangerie du village de Comporta, on trouve des bougies, des caftans et des objets en céramique. Tél. +351 265 49 73 39.

A loja do museu do arroz­ Au cœur de Comporta, une véritable
mine d’or pour les céramiques d’ornement, les chapeaux de paille et le petit mobilier. Tél. +351 927 15 36 77.

VOIR & VISITER

Cavalos na areia A Torre, José Ribeira propose des leçons d’équitation et des balades à cheval sur la plage. cavalosnaareia.com

Museu do arroz Le joli Musée du riz de Comporta propose une exposition sur le décorticage et le traitement du grain de riz.
Tél. +351 265 49 99 50.

Texte Patricia Engelhorn

Photographie Pedro Guimares